TL;DR : La dépression est la première cause d'arrêt maladie de longue durée en France. Trois scénarios existent : continuer à travailler avec des aménagements, s'arrêter le temps de se soigner, ou reprendre progressivement via un mi-temps thérapeutique. Chacun implique des droits précis et un parcours que vous pouvez structurer.
On n'en parle pas à la machine à café. On ne le met pas dans son mail d'absence. Pourtant, la dépression est la première cause d'incapacité au travail dans le monde selon l'OMS (2023). En France, elle représente entre 35 et 45 % des arrêts maladie de longue durée (Assurance Maladie, 2023). Si vous traversez un épisode dépressif et que vous vous demandez quoi faire de votre travail, ce guide est pour vous.
Le sujet tabou qui coûte cher à tout le monde
Selon le baromètre Santé mentale et Travail (Fondation Pierre Deniker, 2023), un salarié sur cinq présente un risque de trouble dépressif, mais la majorité ne consulte pas et ne s'arrête pas. La peur du jugement, de la perte d'emploi ou de l'étiquette "fragile" pousse à tenir coûte que coûte.
Le coût de ce silence est double : pour la personne (aggravation de la maladie, erreurs professionnelles, épuisement), et pour l'entreprise (présentéisme, baisse de productivité, turnover). Une étude de l'OCDE (2021) estime que la dépression non traitée en milieu professionnel coûte en moyenne 10 000 euros par an et par salarié en perte de productivité.
Briser le tabou n'est pas un acte militant. C'est une décision pragmatique qui protège votre santé et, paradoxalement, votre carrière.
Scénario 1 : continuer à travailler — à quelles conditions ?
Tous les épisodes dépressifs ne nécessitent pas un arrêt. Dans les formes légères à modérées, le maintien de l'activité professionnelle peut même être bénéfique : il structure la journée, maintient les liens sociaux et préserve l'estime de soi.
Continuer est envisageable si :
- Vous arrivez à accomplir vos tâches essentielles, même au ralenti.
- La charge émotionnelle du poste ne vous submerge pas.
- Vous avez accès à un suivi thérapeutique en parallèle.
- Des aménagements sont possibles (horaires, télétravail, réduction temporaire de charge).
Attention : continuer à travailler n'est pas "faire comme si de rien n'était". Si vous continuez sans soin et sans aménagement, vous risquez l'aggravation et l'arrêt prolongé qui en découle. Pour approfondir les liens entre stress professionnel et santé mentale, consultez notre article sur les causes du stress au travail.
Scénario 2 : l'arrêt maladie — vos droits et le parcours
Quand la dépression est modérée à sévère, l'arrêt maladie n'est pas un abandon. C'est un acte médical, prescrit par un médecin, qui vous protège légalement et vous donne le temps de vous soigner.
Comment obtenir un arrêt maladie pour dépression
1. Consultez votre médecin traitant. Il évalue la gravité de l'épisode et peut prescrire un arrêt initial, généralement de deux à quatre semaines, renouvelable. 2. Le médecin remplit le formulaire Cerfa. Vous n'avez pas à justifier le diagnostic auprès de votre employeur. Le certificat médical envoyé à l'employeur ne mentionne pas le motif de l'arrêt. 3. Envoyez le volet 1 et 2 à la CPAM (ou télétransmission par le médecin) et le volet 3 à votre employeur sous 48 heures.
Quelle indemnisation ?
- Indemnités journalières de la Sécurité sociale : 50 % du salaire brut, versées à partir du 4e jour d'arrêt (délai de carence de 3 jours). Maximum : 53,31 euros/jour en 2026.
- Complément employeur : selon votre convention collective, votre employeur peut compléter à 90 % ou 100 % du salaire pendant une durée variable (souvent 30 à 90 jours selon l'ancienneté).
- Durée maximale : un arrêt maladie pour dépression peut durer jusqu'à 3 ans en cas d'affection de longue durée (ALD), avec prise en charge à 100 % par la Sécurité sociale.
Pendant l'arrêt
Votre seule obligation légale est de respecter les heures de sortie autorisées (généralement de 9 h à 11 h et de 14 h à 16 h, sauf autorisation de sortie libre). Vous n'avez pas à répondre aux mails professionnels, à participer à des réunions ou à "rester joignable".
Utilisez ce temps pour vous soigner : suivi thérapeutique, traitement si prescrit, sommeil, activité physique douce. Ce n'est pas du temps perdu, c'est du temps investi.
Exemple : Antoine, 45 ans, cadre dans l'industrie, a tenu six mois en "mode survie" avant de s'effondrer un lundi matin sur le parking de son entreprise. Son médecin prescrit un arrêt de six semaines, renouvelé une fois. Pendant ces trois mois, Antoine démarre une psychothérapie TCC, reprend la marche quotidienne et stabilise son sommeil. Il regrette une seule chose : ne pas s'être arrêté plus tôt.