Entre la naissance et la majorité, l'enfant traverse plusieurs périodes développementales aux enjeux psychiques très différents. Reconnaître ce qui relève d'une étape normale et ce qui constitue un véritable signal d'alerte demande des repères. Selon Santé publique France (2022), environ 13 % des enfants de 6 à 11 ans et 17 % des adolescents présentent un trouble psychique caractérisé, mais seule une minorité accède à un suivi adapté. Ce guide synthétise les repères du DSM-5-TR (2022), de la CIM-11 (OMS 2022), des recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur le repérage 0-12 ans (2014, mises à jour 2022) ainsi que les travaux de Marie Rose Moro, Daniel Marcelli, Bernard Golse, Catherine Catheline et Boris Cyrulnik. Il ne remplace pas un avis clinique : si un signal vous inquiète, consultez votre médecin traitant, un pédiatre ou un pédopsychiatre.
Pourquoi la santé mentale de l'enfant et de l'adolescent appelle un guide complet
L'INSERM (expertise collective 2014, mise à jour 2022) estime qu'environ un enfant sur huit présente, à un moment de son développement, un trouble psychique repérable. Santé publique France (Baromètre 2022) confirme une dégradation post-COVID : +30 % de passages aux urgences pédiatriques pour motifs psychiatriques entre 2019 et 2022 chez les 11-17 ans. La HAS (2022) et l'OMS (2019) appellent à un repérage précoce, multi-acteurs (parents, école, médecine de premier recours), pour réduire le délai moyen entre apparition du trouble et premier soin (estimé à 4-7 ans en France selon l'INSERM).
Ce guide vise à donner aux parents, enseignants, et professionnels de premier recours les repères développementaux, signaux d'alerte et chemins d'orientation validés par les recommandations françaises et internationales (DSM-5-TR 2022, CIM-11 2022, HAS, NICE, World Federation Consensus Faraone 2021).
Repères développementaux par tranche d'âge
Le développement de l'enfant suit des étapes universelles, avec une variabilité interindividuelle importante. Le DSM-5-TR (APA 2022) et la CIM-11 (OMS 2022) définissent des fenêtres d'acquisition de référence ; la HAS (2014, mise à jour 2022) en a tiré un livret de repérage destiné aux médecins de premier recours, repris dans le Carnet de santé refondu en 2018.
Période 0-3 ans : attachement et compétences précoces
C'est la période fondatrice de l'attachement (Bowlby 1969 ; Ainsworth, Strange Situation 1978). Selon Bernard Golse (2015), les compétences précoces du nourrisson — relationnelles dès la naissance — sont aujourd'hui largement documentées par les recherches en neurosciences développementales (Stern, Trevarthen). Les repères principaux :
- 2-4 mois : sourire-réponse, fixation soutenue du visage, début des vocalisations.
- 6-9 mois : angoisse du 8e mois (Spitz), discrimination des figures familières, position assise.
- 12 mois : pointage proto-déclaratif (signe-pivot), attention conjointe, premiers mots, marche autonome.
- 18-24 mois : reconnaissance de soi dans le miroir (test de Lewis & Brooks-Gunn), explosion lexicale (50 → 300 mots), opposition.
- 2-3 ans : phrases de 2-3 mots, jeu symbolique (faire-semblant), opposition normale (\"phase du non\"), propreté diurne en cours.
Vignette clinique. Léo, 22 mois, ne pointe pas, ne dit aucun mot reconnaissable, fuit le regard. Sa pédiatre coche \"alerte\" sur la grille HAS (M-CHAT-R modifiée), oriente vers la PCO TND départementale. Bilan ortho + psychomot + pédopsy : trouble du spectre de l'autisme (TSA), prise en charge précoce mise en place avant 3 ans (recommandation HAS 2018).
Identifier précocement une difficulté psychique chez l'enfant ou l'adolescent change le pronostic. Plus l'intervention est ajustée et précoce, meilleurs sont les indicateurs à 5 et 10 ans (INSERM 2014, expertise collective troubles psychiques). Si vous hésitez, consultez en première intention votre médecin traitant ou pédiatre, qui orientera vers un pédopsychiatre, un psychologue ou un Centre médico-psychologique infanto-juvénile (CMP-IJ, gratuit, secteur public).
Ce contenu a une vocation informative et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. En cas de souffrance ou d'inquiétude pour un mineur, consultez un médecin, un pédopsychiatre ou un psychologue.







