Entre la naissance et la majorité, l'enfant traverse plusieurs périodes développementales aux enjeux psychiques très différents. Reconnaître ce qui relève d'une étape normale et ce qui constitue un véritable signal d'alerte demande des repères. Selon Santé publique France (2022), environ 13 % des enfants de 6 à 11 ans et 17 % des adolescents présentent un trouble psychique caractérisé, mais seule une minorité accède à un suivi adapté. Ce guide synthétise les repères du DSM-5-TR (2022), de la CIM-11 (OMS 2022), des recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur le repérage 0-12 ans (2014, mises à jour 2022) ainsi que les travaux de Marie Rose Moro, Daniel Marcelli, Bernard Golse, Catherine Catheline et Boris Cyrulnik. Il ne remplace pas un avis clinique : si un signal vous inquiète, consultez votre médecin traitant, un pédiatre ou un pédopsychiatre.
Article informatif. Ce guide est rédigé à partir de sources cliniques publiques (HAS, INSERM, OMS, recommandations DSM-5-TR / CIM-11). Il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. En cas d'urgence : 3114 (prévention suicide, 24/7), 15 ou 112 (urgences vitales), 119 (enfance en danger), 3018 (cyberviolences), 30 20 (harcèlement scolaire), Fil Santé Jeunes 0 800 235 236, 116 006 (France Victimes).
Pourquoi la santé mentale de l'enfant et de l'adolescent appelle un guide complet
L'INSERM (expertise collective 2014, mise à jour 2022) estime qu'environ un enfant sur huit présente, à un moment de son développement, un trouble psychique repérable. Santé publique France (Baromètre 2022) confirme une dégradation post-COVID : +30 % de passages aux urgences pédiatriques pour motifs psychiatriques entre 2019 et 2022 chez les 11-17 ans. La HAS (2022) et l'OMS (2019) appellent à un repérage précoce, multi-acteurs (parents, école, médecine de premier recours), pour réduire le délai moyen entre apparition du trouble et premier soin (estimé à 4-7 ans en France selon l'INSERM).
Ce guide vise à donner aux parents, enseignants, et professionnels de premier recours les repères développementaux, signaux d'alerte et chemins d'orientation validés par les recommandations françaises et internationales (DSM-5-TR 2022, CIM-11 2022, HAS, NICE, World Federation Consensus Faraone 2021).
Épidémiologie : ce que disent les chiffres en 2026
La prévalence des troubles mentaux à l'enfance et à l'adolescence est massive et probablement sous-estimée :
- 50 % des troubles psychiatriques de l'adulte commencent avant 14 ans, 75 % avant 24 ans (Solmi et al., Molecular Psychiatry 2022, méta-analyse 192 études, n = 708 561). Pic de risque à 14,5 ans.
- Prévalence anxiété chez l'enfant/ado : 6,5 % ; dépression : 2,6 % (méta-analyse Polanczyk et al., JCPP 2015, 41 études).
- Prévalence TDAH chez l'enfant : 5,3 % mondial (Polanczyk 2014, Int J Epidemiol) ; en France 2-5 % (HAS 2014, ANSM 2023).
- Prévalence TSA : 1 enfant sur 100 (Zeidan et al., Autism Res 2022, 71 études) ; en France env. 700 000 personnes (HAS 2018).
- Effet COVID-19 : Racine et al. (JAMA Pediatrics 2021, 29 études, n = 80 879) → doublement des symptômes dépressifs et anxieux cliniquement significatifs (25 % et 21 %). Newlove-Delgado et al. (Lancet Psychiatry 2023) : prévalence troubles mentaux 17,4 % chez les 7-16 ans en Angleterre 2022 vs 12,1 % en 2017.
- Suicide en France : 2e cause de mortalité chez les 15-24 ans après les accidents (Santé publique France, BEH 2022). Taux mortalité par suicide chez les 15-19 ans : 4,9/100 000 (garçons) et 1,9/100 000 (filles) ; tentatives de suicide : 4 fois plus chez les filles (BEH 2022).
Ces chiffres confirment une fenêtre de vigilance : le repérage avant 14 ans, et plus encore avant 7 ans, ouvre une trajectoire bien plus favorable.
Repères développementaux par tranche d'âge
Le développement de l'enfant suit des étapes universelles, avec une variabilité interindividuelle importante. Le DSM-5-TR (APA 2022) et la CIM-11 (OMS 2022) définissent des fenêtres d'acquisition de référence ; la HAS (2014, mise à jour 2022) en a tiré un livret de repérage destiné aux médecins de premier recours, repris dans le Carnet de santé refondu en 2018. Sur le plan théorique, on s'appuie classiquement sur Piaget (stades cognitifs : sensori-moteur, préopératoire, opératoire concret, opératoire formel), Erikson (huit crises identitaires, dont confiance/méfiance 0-1 an, autonomie/honte 1-3 ans, identité/diffusion à l'adolescence) et Bowlby/Ainsworth pour l'attachement.
Période 0-3 ans : attachement et compétences précoces
C'est la période fondatrice de l'attachement (Bowlby 1969 ; Ainsworth, Strange Situation 1978). Selon Bernard Golse (2015), les compétences précoces du nourrisson — relationnelles dès la naissance — sont aujourd'hui largement documentées par les recherches en neurosciences développementales (Stern, Trevarthen). Les repères principaux :
- 2-4 mois : sourire-réponse, fixation soutenue du visage, début des vocalisations.
- 6-9 mois : angoisse du 8e mois (Spitz), discrimination des figures familières, position assise.
- 12 mois : pointage proto-déclaratif (signe-pivot), attention conjointe, premiers mots, marche autonome.
- 18-24 mois : reconnaissance de soi dans le miroir (test de Lewis & Brooks-Gunn), explosion lexicale (50 → 300 mots), opposition.
- 2-3 ans : phrases de 2-3 mots, jeu symbolique (faire-semblant), opposition normale ("phase du non"), propreté diurne en cours.
Vignette clinique. Léo, 22 mois, ne pointe pas, ne dit aucun mot reconnaissable, fuit le regard. Sa pédiatre coche "alerte" sur la grille HAS (M-CHAT-R modifiée), oriente vers la PCO TND départementale. Bilan ortho + psychomot + pédopsy : trouble du spectre de l'autisme (TSA), prise en charge précoce mise en place avant 3 ans (recommandation HAS 2018).
Période 3-6 ans : socialisation et imaginaire
Période d'acquisition de la propreté diurne et nocturne (norme : avant 5 ans, énurésie au-delà), du langage articulé, des capacités narratives. Marie Rose Moro (2010) souligne l'importance de la sécurité affective et des transitions douces (entrée à l'école, naissance d'un cadet). Repères :
- Phrases complexes à 4 ans, récit cohérent à 5 ans, conjugaisons en cours.
- Théorie de l'esprit (Wimmer & Perner 1983, faux-croyance Sally-Anne) acquise vers 4-5 ans : compétence-pivot pour comprendre que les autres ont des pensées différentes des siennes — son retard est l'un des marqueurs précoces du TSA.
- Jeux de rôles partagés, premières amitiés réciproques, latéralisation manuelle stabilisée vers 5 ans.
- Régulation émotionnelle progressive : les colères passent typiquement de 8-10/jour à 2 ans à <2/jour à 5 ans (Wakschlag 2012). Au-delà, persistance et intensité justifient un avis pro.
Période 6-11 ans : phase de latence et compétences scolaires
Période d'apprentissages académiques majeurs (lecture courante en CE1, écriture, calcul opératoire). Daniel Marcelli (2018) la qualifie de phase d'investissement scolaire et social privilégiée. C'est aussi la fenêtre de repérage des troubles dys, du TDAH (DSM-5-TR exige les symptômes avant 12 ans), des troubles anxieux scolaires et du harcèlement scolaire (pic CM2-6e selon Catheline 2018).
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Adolescence (12-18 ans) : remaniements et risques
Période de transformations corporelles (puberté), psychiques (individuation-séparation, Blos 1962 ; processus d'adolescence Marcelli 2018) et sociales. Selon l'INSERM (expertise 2014), l'adolescence concentre l'apparition de 50 % des troubles psychiatriques de l'adulte (chiffre confirmé par Solmi 2022, Molecular Psychiatry). Marcelli (2018) et Cyrulnik (2019) insistent sur la double dimension : période de vulnérabilité ET de plasticité réparatrice (résilience).
Neurodéveloppement : pourquoi l'adolescence est une fenêtre critique
Les travaux d'IRM longitudinaux de Casey et al. (Developmental Review 2008) et Steinberg (Developmental Review 2008) ont popularisé un modèle dual-process expliquant la prise de risque adolescente :
- Les circuits limbiques (striatum, amygdale, NAcc) impliqués dans la récompense et l'émotion maturent tôt (10-12 ans, accélérés par la puberté).
- Le cortex préfrontal (contrôle exécutif, inhibition, anticipation des conséquences) mature plus tard, jusqu'à 25 ans environ (Giedd 2008).
- Cet écart temporel crée une fenêtre 12-18 ans où la motivation pour les pairs et les récompenses est forte alors que le freinage exécutif est encore en construction. Conséquence : prise de risque, sensibilité au stress social, vulnérabilité aux substances et aux écrans.
Cette donnée a deux implications cliniques. Premièrement, l'environnement (famille, école, pairs) joue un rôle protecteur ou aggravant majeur à cette période — l'ado n'est ni un "petit adulte" ni un "enfant entêté". Deuxièmement, les soins précoces ont un effet d'autant plus marqué qu'ils interviennent dans une fenêtre de plasticité élevée.
Théorie de l'attachement : la grammaire silencieuse
John Bowlby (1969) puis Mary Ainsworth (Strange Situation, 1978) ont identifié quatre patterns d'attachement entre 12 et 18 mois, aux conséquences durables :
| Pattern | Comportement enfant | Réponse parentale typique | Pronostic adulte |
|---|---|---|---|
| Sécure (~60 %) | Cherche le parent au stress, se laisse consoler, repart explorer | Sensibilité, prévisibilité | Bonnes relations, régulation émotionnelle |
| Insécure-évitant (~20 %) | Indifférence apparente, exploration sans contact | Rejet ou indisponibilité émotionnelle | Fuite des relations, hyper-autonomie |
| Insécure-ambivalent (~10 %) | Détresse intense, ne se calme pas | Imprévisibilité (parfois disponible, parfois absent) | Dépendance anxieuse, jalousie |
| Désorganisé (~10 %) | Comportements contradictoires (s'approche puis fuit) | Effrayant ou effrayé (souvent trauma parental) | Risque accru pathologie limite, dissociation |
L'étude longitudinale de Sroufe à Minnesota (suivi 30 ans) a confirmé l'effet de l'attachement précoce sur la santé mentale adulte. Bonne nouvelle : l'attachement n'est pas figé. Une figure secondaire stable (grand-parent, enseignant, thérapeute) peut modifier le pattern — c'est ce que Cyrulnik appelle la résilience par tuteurs. La psychothérapie elle-même, en construisant une "base sécure" thérapeutique, fait évoluer les modèles internes opérants (Fonagy 2002).
Tableau synthétique des signaux d'alerte par tranche d'âge
| Tranche | Signaux d'alerte (consultation indiquée) | Hypothèses cliniques | Numéro / structure |
|---|---|---|---|
| 0-3 ans | Pas de babillage à 12 mois, pas de pointage à 18 mois, pas d'association 2 mots à 24 mois, contact visuel pauvre, intérêts restreints, sommeil/alimentation très perturbés, retrait, agrippement extrême | TSA, retard de langage, trouble de l'attachement, TDI | Pédiatre, PMI, PCO TND, CAMSP |
| 3-6 ans | Énurésie persistante > 5 ans, encoprésie, mutisme sélectif, agressivité massive, retrait, terreurs nocturnes répétées, refus alimentaire | Anxiété, troubles du sommeil, trouble oppositionnel, suspicion maltraitance | Médecin traitant, CMP-IJ, 119 |
| 6-11 ans | Échec scolaire massif sans explication, lenteur extrême, plaintes somatiques répétées (maux de ventre/tête), refus scolaire, isolement, automutilations, harcèlement | Troubles dys, TDAH, anxiété de séparation/scolaire, harcèlement, dépression précoce | Médecin scolaire, CMP-IJ, 3018, 30 20 |
| 12-18 ans | Retrait brutal, chute scolaire, troubles du sommeil, perte ou prise de poids rapide (>5 % en 1 mois), automutilations, propos suicidaires, conduites à risques, fugues | Dépression, troubles anxieux, TCA, idéations suicidaires, suspicion violences | 3114, MDA, urgences pédopsy, Fil Santé Jeunes 0 800 235 236 |
DSM-5-TR vs CIM-11 : quelles différences pour les troubles de l'enfant ?
Les deux nosographies coexistent en France. Le DSM-5-TR (APA 2022) est utilisé en recherche et par les pédopsychiatres ; la CIM-11 (OMS 2022) est la référence de la Sécurité sociale (codage administratif).
| Trouble | DSM-5-TR (2022) | CIM-11 (2022) | Différences clés |
|---|---|---|---|
| TDAH | 314.0x — Inattentive / Hyperactive-impulsive / Combinée | 6A05 — Attention deficit hyperactivity disorder | CIM-11 inclut désormais les présentations adultes ; seuil DSM 6 symptômes (5 si ≥17 ans) |
| TSA | 299.00 — Spectre, 3 niveaux de sévérité | 6A02 — Autism spectrum disorder, avec/sans déficit intellectuel/langage | CIM-11 plus dimensionnelle ; les deux exigent symptômes précoces |
| Dépression de l'enfant | 296.2x — Major depressive disorder (irritabilité possible) | 6A70-72 — Single / Recurrent / Dysthymia | Critères symétriques ; durée ≥2 semaines |
| Trouble oppositionnel (TOP) | 313.81 — 4 symptômes/8 sur ≥6 mois | 6C90 — Oppositional defiant disorder, avec/sans irritabilité chronique | CIM-11 sépare colère chronique (DMDD du DSM) |
| Anxiété de séparation | 309.21 | 6B05 | CIM-11 reconnaît l'adulte ; DSM exige ≥4 semaines (enfant) |
| Trouble du jeu vidéo | Section recherche (à confirmer) | 6C51 — Gaming disorder (formel) | CIM-11 a tranché : trouble formel depuis 2019 |
Pédopsychiatre, psychologue, neuropsy, psychomotricien, orthophoniste : qui fait quoi ?
La confusion est fréquente côté familles. Voici les rôles distincts, les remboursements et les délais d'accès en 2026 :
| Professionnel | Rôle | Remboursement | Délai moyen |
|---|---|---|---|
| Pédopsychiatre | Médecin spécialiste, diagnostique, prescrit (méthylphénidate, ISRS en ado si besoin), suit les pathologies sévères, hospitalise si besoin | Sécu (consult. 46,70 € secteur 1, dépassements secteur 2) | 4-9 mois en libéral, 6-18 mois CMP |
| Psychologue clinicien | Évalue (WISC-V, NEPSY-II, Vineland-3), accompagne en psychothérapie (TCC, systémique, psychodynamique), bilans, ne prescrit pas | Mon Soutien Psy (12 séances 50 €/an, dès 3 ans, sans avance depuis juin 2024) | 2-8 semaines en libéral |
| Neuropsychologue | Bilan cognitif détaillé (TDAH, TSA, troubles dys, traumatismes crâniens, post-cancer) | Non remboursé Sécu hors parcours TND HAS 2018 | 1-4 mois en libéral |
| Psychomotricien | Bilan et rééducation psychomotrice (coordination, schéma corporel, latéralité, tonus) | Non remboursé Sécu sauf parcours TND HAS 2018 (PCO 0-12 ans) | 1-3 mois |
| Orthophoniste | Bilan et rééducation langage oral/écrit (dyslexie, dysorthographie, dysphasie) | Sécu sur prescription médicale (100 % AMO) | 3-12 mois selon zones |
| Ergothérapeute | Aménagement environnement, troubles graphisme, dyspraxie | Non remboursé hors parcours TND | 1-4 mois |
Le parcours de bilan : étape par étape
- Étape 1 — Médecin traitant ou pédiatre : repérage avec grille HAS, examen somatique, exclusion organique (audition, vision, NFS, bilan thyroïdien si pertinent), recueil scolaire (cahiers, bulletins).
- Étape 2 — Orientation : (a) CMP-IJ (gratuit, sectoriel, attente 3-9 mois), (b) libéral (Mon Soutien Psy ou non remboursé, 200-700 € selon bilan), (c) Plateforme de Coordination et d'Orientation TND (PCO 0-12 ans, parcours forfait HAS 2018).
- Étape 3 — Évaluation pluridisciplinaire : entretiens parents/enfant, observation libre, échelles standardisées : Achenbach CBCL 1.5-5 ou 6-18, SDQ Goodman (parent + enseignant), ADHD-RS-IV (DuPaul), Conners 3, CARS-2 ou ADOS-2 pour TSA, MDI-C dépression, SCAS anxiété.
- Étape 4 — Bilans complémentaires selon hypothèse : WISC-V (cognitif 6-16 ans), WPPSI-IV (2,5-7 ans), Vineland-3 (autonomie), NEPSY-II (neuropsy 3-16 ans), bilan ortho (langage), psychomot (motricité), bilan ergo si dyspraxie suspectée.
- Étape 5 — Synthèse et restitution : compte-rendu écrit pluridisciplinaire, plan d'accompagnement par axes (médical, rééducatif, scolaire, familial), articulation école : PAI (médical), PAP (troubles dys sans MDPH), PPRE (difficultés scolaires temporaires), PPS (handicap, via MDPH). En cas de dossier MDPH : AESH (auxiliaire), AVS, AEEH, PCH, RQTH ado.
- Étape 6 — Suivi : réévaluation 6-12 mois, ajustement, transition adolescent-adulte (TIPSCC pour TSA, parcours "transition" pédopsy-psy adulte recommandés HAS 2022).
MDPH, AESH, PPS : les sigles essentiels
| Sigle | Signification | Concerne |
|---|---|---|
| MDPH | Maison départementale des personnes handicapées | Reconnaissance handicap, ouvre droits |
| PPS | Projet personnalisé de scolarisation | Élève reconnu en situation de handicap (MDPH) |
| PAP | Plan d'accompagnement personnalisé | Troubles dys sans dossier MDPH |
| PAI | Projet d'accueil individualisé | Troubles somatiques (allergies, épilepsie, asthme) |
| PPRE | Programme personnalisé de réussite éducative | Difficultés scolaires ponctuelles |
| AESH | Accompagnant des élèves en situation de handicap | Aide humaine en classe (notification MDPH) |
| AEEH | Allocation d'éducation enfant handicapé | Aide financière parents (CAF, via MDPH) |
| ULIS | Unité localisée pour l'inclusion scolaire | Dispositif de scolarisation collective |
| SESSAD | Service d'éducation spéciale et de soins à domicile | Suivi médico-social ambulatoire |
💡 Avant d'aller plus loin — Pour poser quelques repères : auto-questionnaire. Ce questionnaire n'établit pas de diagnostic ; il aide simplement à cadrer un premier échange avec un pro.
Troubles dys et troubles neurodéveloppementaux (TND)
Les troubles dys touchent 5 à 8 % des enfants scolarisés (HAS 2018, INSERM 2007). Ils sont neurodéveloppementaux : ni paresse, ni manque d'intelligence. Diagnostic posé après bilan ortho (dyslexie/dysorthographie/dysphasie), psychomot/ergo (dyspraxie), neuropsy (dyscalculie). Parcours TND HAS 2018 : repérage → médecin traitant → PCO TND départementale (0-12 ans) → bilans pris en charge selon forfait → suivi orthophonique/psychomot/ergo selon plan. Stanislas Dehaene (Apprendre à lire 2018) rappelle que la dyslexie repose sur une atypie d'activation de la "boîte aux lettres" du cortex temporo-occipital gauche, et que la rééducation orthophonique structurée (méthode phonique) reste la base.
- Dyslexie (3-7 % des enfants) : trouble spécifique de la lecture (décodage et fluence).
- Dysorthographie : trouble de l'écriture (orthographe lexicale + grammaticale).
- Dyspraxie / TDC : trouble du développement de la coordination (5-6 %, DSM-5-TR).
- Dyscalculie (3-6 %) : trouble du sens du nombre et des calculs.
- Dysphasie / TDL : trouble développemental du langage oral (~ 7 %).
Harcèlement scolaire : un facteur de risque majeur
Selon la DEPP (2022) et le programme pHARe (ministère de l'Éducation nationale), 6-10 % des élèves français subissent un harcèlement scolaire dans l'année, avec un pic CM2-6e (Catheline 2018, Olweus 1993). Conséquences psychiatriques avérées (Copeland et al., JAMA Psychiatry 2013 — étude Great Smoky Mountains) : risque accru de dépression × 4, troubles anxieux × 4, idéations suicidaires × 5 chez les ados ayant subi harcèlement persistant. Conduite à tenir famille + école :
- Appel 30 20 (numéro national harcèlement, 9h-20h, gratuit, programme pHARe).
- Si cyberharcèlement : 3018 (e-Enfance, suppression de contenus, signalement plateforme).
- Information écrite au chef d'établissement (lettre RAR), demande d'application du protocole pHARe.
- Plainte au commissariat ou gendarmerie si harcèlement caractérisé (loi 4 août 2014, peines aggravées 2022 — délit autonome de harcèlement scolaire avec peine encourue jusqu'à 10 ans).
- Suivi psychologique enfant + travail de groupe classe (méthode de la préoccupation partagée, Pikas).
- Conseils anti-harcèlement validés : ne jamais culpabiliser la victime, valoriser la parole, co-construire des stratégies (signaler, éviter les zones non surveillées, alliés).
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Place des parents dans la thérapie de l'enfant
Les parents ne sont jamais "spectateurs". La guidance parentale (Patterson 1982 ; Webster-Stratton "Incredible Years" 1990 ; Sanders "Triple P" 1999) montre des effets significatifs sur les troubles du comportement : méta-analyse Cochrane Furlong 2012 → effet large d = 0,5-0,7, maintenu à 3-5 ans (Webster-Stratton 2010).
- Enfants 0-6 ans : le travail parental est souvent prioritaire (l'enfant en thérapie est secondaire) ; programmes PCIT (Eyberg, parent-enfant en oreillette), Triple P, Incredible Years.
- Enfants 6-11 ans : alternance enfant seul / parents seuls / familial. Russell Barkley parle de "parent training" comme socle de premier niveau pour le TDAH+TOP.
- Adolescents : travail plus indirect mais toujours utile. Thérapie familiale (Minuchin, Selvini-Palazzoli, Andolfi). Le respect du secret professionnel adolescent (HAS 2014) est central : ce qui est dit en séance n'est pas restitué aux parents sauf danger imminent.
Boris Cyrulnik (2019, La nuit, j'écrirai des soleils) rappelle qu'un seul "tuteur de résilience" stable suffit souvent à infléchir une trajectoire. Ce tuteur peut être un parent, un grand-parent, un enseignant, un éducateur, un coach sportif. La plasticité psychique de l'enfant est élevée — un soin précoce et un environnement sécure peuvent réparer beaucoup.
Transition pédopsychiatrie → psychiatrie adulte
La transition entre soins pédopsy (jusqu'à 16-18 ans selon les services) et psychiatrie adulte est un moment à risque, documenté comme période de rupture de soin majeure (Singh et al., British Journal of Psychiatry 2010 : seuls 4 % des jeunes en transition bénéficient d'une prise en charge optimale). La HAS (recommandations 2022 transition adolescent-adulte) préconise :
- Anticipation 6 à 12 mois avant le passage.
- Co-consultation pédopsy + psychiatre adulte au moins une fois.
- Compte-rendu écrit transmis avec l'accord du patient.
- Implication progressive du jeune dans la gestion de son parcours (ordonnances, rdv) avec autonomie graduelle.
- Maintien d'un fil familial soutenant tant que possible.
Points cardinaux pour les parents : 8 principes validés
- Sécurité affective d'abord — un attachement sécure est le facteur protecteur n°1 (Bowlby, Ainsworth, Sroufe).
- Routines stables — sommeil, repas, écrans cadrés (règle Tisseron 3-6-9-12).
- Renforcement positif 5:1 — 5 attentions positives pour 1 correction (Patterson 1982).
- Consignes claires et brèves — formulation courte, ton calme, répétée 1 fois max avant conséquence.
- Cohérence éducative entre parents (et entre foyers en cas de séparation) — Hetherington 2002.
- Modélisation — l'enfant imite ce qu'il voit, plus que ce qu'on lui dit (Bandura).
- Validation émotionnelle — "je vois que tu es triste" avant tout raisonnement (Gottman).
- Demander de l'aide n'est pas un échec — c'est une compétence parentale.
Vignette — Parcours intégré
Inès, 9 ans, CE2. Plaintes somatiques (maux de ventre matinaux), refus scolaire en hausse. Médecin traitant : examen normal, pas d'organicité. Orientation CMP-IJ (file d'attente 4 mois) ET psychologue libéral via Mon Soutien Psy. Bilan : anxiété de séparation + harcèlement scolaire repéré (3 élèves de la classe). Plan : (a) appel 30 20, signalement chef d'établissement, protocole pHARe ; (b) 12 séances TCC "Coping Cat" adapté ; (c) guidance parentale 4 séances ; (d) PAP léger pour aménagements. À 6 mois : retour scolaire complet, somatisations résolues. À 12 mois : suivi allégé (1 séance/2 mois).
Numéros et ressources d'urgence — France
- 3114 — Numéro national de prévention du suicide, 24/7, gratuit, anonyme. Réponse pédopsy possible.
- 119 — Allô enfance en danger, 24/7, gratuit, anonyme.
- 3018 — Cyberviolences (harcèlement en ligne, sextorsion, revenge porn), 9h-23h, gratuit.
- 30 20 — Harcèlement scolaire (programme pHARe, ministère 2022), 9h-20h, gratuit.
- Fil Santé Jeunes 0 800 235 236 — Anonyme, gratuit, 9h-23h, dès 12 ans.
- 15 ou 112 — Urgence vitale (geste suicidaire imminent, intoxication).
- 116 006 — France Victimes (aide aux victimes de violences).
- SOS Amitié 09 72 39 40 50 — Écoute 24/7.
- Maisons des Adolescents (MDA) — un numéro par département, sans rdv, gratuit, 11-25 ans + parents.
- Net Écoute / e-Enfance 3018 — adolescents et parents.
Sortir du tabou : parler du mal-être de l'enfant ne le fabrique pas
Une idée reçue persistante : aborder la souffrance, le suicide, le harcèlement avec un enfant ou un ado risquerait de l'y "pousser". La méta-analyse Dazzi et al. (Psychol Med, 2014) a montré le contraire : poser la question "as-tu pensé à mourir ?" n'augmente pas les idéations suicidaires ; elle ouvre au contraire un espace protecteur. Cette donnée est aujourd'hui le standard international (NICE 2022, recommandations OMS 2014, HAS 2014, AFSP).
Articles liés du cluster
Pour aller plus loin sur des sujets spécifiques : Mal-être adolescent : signaux d'alerte, Anxiété scolaire, TDAH chez l'enfant, Troubles du comportement (TOP, TDC), Écrans et santé mentale de l'enfant, Enfant et séparation parentale, Accompagner un enfant en deuil.
Disclaimer et conformité éditoriale
Ce guide a été rédigé à partir de sources cliniques publiques (HAS, INSERM, OMS, Santé publique France, recommandations DSM-5-TR / CIM-11, articles peer-reviewed cités en bibliographie). Il a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un acte de diagnostic ni un substitut à l'évaluation par un professionnel de santé. Les vignettes cliniques sont anonymisées et illustratives. En cas de souffrance ou d'urgence, contactez les numéros listés ci-dessus ou rapprochez-vous d'un professionnel — médecin traitant, pédiatre, psychologue, pédopsychiatre, CMP-IJ, MDA.
Sources et bibliographie
- American Psychiatric Association. DSM-5-TR, Elsevier (2022).
- Organisation mondiale de la santé. CIM-11 (2022).
- Haute Autorité de Santé. Repérage troubles psychiques 0-12 ans (2014, mise à jour 2022).
- HAS. Recommandations TSA — diagnostic et parcours (2018).
- HAS. Recommandations TND — Plateformes de Coordination et d'Orientation (2018, mises à jour 2022).
- HAS. Manifestations dépressives à l'adolescence (2014).
- HAS. Conduite à tenir devant un enfant TDA/H (2014, mise à jour 2022).
- HAS. Transition adolescent-adulte en santé mentale (2022).
- INSERM. Expertise collective Troubles mentaux : dépistage et prévention chez l'enfant et l'adolescent (2014).
- INSERM. Suicide — état des connaissances (2014, mise à jour 2022).
- Santé publique France. Baromètre santé jeunes (2022) ; Suicide chez les jeunes, BEH (2022).
- Solmi M et al. Molecular Psychiatry (2022) — Age at onset of mental disorders worldwide.
- Polanczyk GV et al. JCPP (2015) — Worldwide prevalence of mental disorders children.
- Polanczyk GV et al. Int J Epidemiol (2014) — Worldwide prevalence ADHD.
- Zeidan J et al. Autism Res (2022) — Global prevalence of autism.
- Newlove-Delgado T et al. Lancet Psychiatry (2023) — Mental health of children in England.
- Racine N et al. JAMA Pediatrics (2021) — COVID-19 and child mental health meta-analysis.
- Casey BJ et al. Developmental Review (2008) — The adolescent brain.
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Identifier précocement une difficulté psychique chez l'enfant ou l'adolescent change le pronostic. Plus l'intervention est ajustée et précoce, meilleurs sont les indicateurs à 5 et 10 ans (INSERM 2014, expertise collective troubles psychiques). Si vous hésitez, consultez en première intention votre médecin traitant ou pédiatre, qui orientera vers un pédopsychiatre, un psychologue ou un Centre médico-psychologique infanto-juvénile (CMP-IJ, gratuit, secteur public).
Ce contenu a une vocation informative et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. En cas de souffrance ou d'inquiétude pour un mineur, consultez un médecin, un pédopsychiatre ou un psychologue.
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