Entre la naissance et la majorité, l'enfant traverse plusieurs périodes développementales aux enjeux psychiques très différents. Reconnaître ce qui relève d'une étape normale et ce qui constitue un véritable signal d'alerte demande des repères. Selon Santé publique France (2022), environ 13 % des enfants de 6 à 11 ans et 17 % des adolescents présentent un trouble psychique caractérisé, mais seule une minorité accède à un suivi adapté. Ce guide synthétise les repères du DSM-5-TR (2022), de la CIM-11 (OMS 2022), des recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur le repérage 0-12 ans (2014, mises à jour 2022) ainsi que les travaux de Marie Rose Moro, Daniel Marcelli, Bernard Golse, Catherine Catheline et Boris Cyrulnik. Il ne remplace pas un avis clinique : si un signal vous inquiète, consultez votre médecin traitant, un pédiatre ou un pédopsychiatre.
Article informatif.Ce guide est rédigé à partir de sources cliniques publiques (HAS, INSERM, OMS, recommandations DSM-5-TR / CIM-11). Il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. En cas d'urgence : 3114 (prévention suicide, 24/7), 15 ou 112 (urgences vitales), 119 (enfance en danger), 3018 (cyberviolences), 30 20 (harcèlement scolaire), Fil Santé Jeunes 0 800 235 236, 116 006 (France Victimes).
Pourquoi la santé mentale de l'enfant et de l'adolescent appelle un guide complet
L'INSERM (expertise collective 2014, mise à jour 2022) estime qu'environ un enfant sur huit présente, à un moment de son développement, un trouble psychique repérable. Santé publique France (Baromètre 2022) confirme une dégradation post-COVID : +30 % de passages aux urgences pédiatriques pour motifs psychiatriques entre 2019 et 2022 chez les 11-17 ans. La HAS (2022) et l'OMS (2019) appellent à un repérage précoce, multi-acteurs (parents, école, médecine de premier recours), pour réduire le délai moyen entre apparition du trouble et premier soin (estimé à 4-7 ans en France selon l'INSERM).
Ce guide vise à donner aux parents, enseignants, et professionnels de premier recours les repères développementaux, signaux d'alerte et chemins d'orientation validés par les recommandations françaises et internationales (DSM-5-TR 2022, CIM-11 2022, HAS, NICE, World Federation Consensus Faraone 2021).
Épidémiologie : ce que disent les chiffres en 2026
La prévalence des troubles mentaux à l'enfance et à l'adolescence est massive et probablement sous-estimée :
50 % des troubles psychiatriques de l'adulte commencent avant 14 ans, 75 % avant 24 ans (Solmi et al., Molecular Psychiatry 2022, méta-analyse 192 études, n = 708 561). Pic de risque à 14,5 ans.
Prévalence anxiété chez l'enfant/ado : 6,5 % ; dépression : 2,6 % (méta-analyse Polanczyk et al., JCPP 2015, 41 études).
Prévalence TDAH chez l'enfant : 5,3 % mondial (Polanczyk 2014, Int J Epidemiol) ; en France 2-5 % (HAS 2014, ANSM 2023).
Prévalence TSA : 1 enfant sur 100 (Zeidan et al., Autism Res 2022, 71 études) ; en France env. 700 000 personnes (HAS 2018).
Effet COVID-19 : Racine et al. (JAMA Pediatrics 2021, 29 études, n = 80 879) → doublement des symptômes dépressifs et anxieux cliniquement significatifs (25 % et 21 %). Newlove-Delgado et al. (Lancet Psychiatry 2023) : prévalence troubles mentaux 17,4 % chez les 7-16 ans en Angleterre 2022 vs 12,1 % en 2017.
Suicide en France : 2e cause de mortalité chez les 15-24 ans après les accidents (Santé publique France, BEH 2022). Taux mortalité par suicide chez les 15-19 ans : 4,9/100 000 (garçons) et 1,9/100 000 (filles) ; tentatives de suicide : 4 fois plus chez les filles (BEH 2022).
Ces chiffres confirment une fenêtre de vigilance : le repérage avant 14 ans, et plus encore avant 7 ans, ouvre une trajectoire bien plus favorable.
Repères développementaux par tranche d'âge
Le développement de l'enfant suit des étapes universelles, avec une variabilité interindividuelle importante. Le DSM-5-TR (APA 2022) et la CIM-11 (OMS 2022) définissent des fenêtres d'acquisition de référence ; la HAS (2014, mise à jour 2022) en a tiré un livret de repérage destiné aux médecins de premier recours, repris dans le Carnet de santé refondu en 2018. Sur le plan théorique, on s'appuie classiquement sur Piaget (stades cognitifs : sensori-moteur, préopératoire, opératoire concret, opératoire formel), Erikson (huit crises identitaires, dont confiance/méfiance 0-1 an, autonomie/honte 1-3 ans, identité/diffusion à l'adolescence) et Bowlby/Ainsworth pour l'attachement.
Période 0-3 ans : attachement et compétences précoces
C'est la période fondatrice de l'attachement (Bowlby 1969 ; Ainsworth, Strange Situation 1978). Selon Bernard Golse (2015), les compétences précoces du nourrisson — relationnelles dès la naissance — sont aujourd'hui largement documentées par les recherches en neurosciences développementales (Stern, Trevarthen). Les repères principaux :
2-4 mois : sourire-réponse, fixation soutenue du visage, début des vocalisations.
6-9 mois : angoisse du 8e mois (Spitz), discrimination des figures familières, position assise.
12 mois : pointage proto-déclaratif (signe-pivot), attention conjointe, premiers mots, marche autonome.
18-24 mois : reconnaissance de soi dans le miroir (test de Lewis & Brooks-Gunn), explosion lexicale (50 → 300 mots), opposition.
2-3 ans : phrases de 2-3 mots, jeu symbolique (faire-semblant), opposition normale ("phase du non"), propreté diurne en cours.
Vignette clinique. Léo, 22 mois, ne pointe pas, ne dit aucun mot reconnaissable, fuit le regard. Sa pédiatre coche "alerte" sur la grille HAS (M-CHAT-R modifiée), oriente vers la PCO TND départementale. Bilan ortho + psychomot + pédopsy : trouble du spectre de l'autisme (TSA), prise en charge précoce mise en place avant 3 ans (recommandation HAS 2018).
Période 3-6 ans : socialisation et imaginaire
Période d'acquisition de la propreté diurne et nocturne (norme : avant 5 ans, énurésie au-delà), du langage articulé, des capacités narratives. Marie Rose Moro (2010) souligne l'importance de la sécurité affective et des transitions douces (entrée à l'école, naissance d'un cadet). Repères :
Phrases complexes à 4 ans, récit cohérent à 5 ans, conjugaisons en cours.
Théorie de l'esprit (Wimmer & Perner 1983, faux-croyance Sally-Anne) acquise vers 4-5 ans : compétence-pivot pour comprendre que les autres ont des pensées différentes des siennes — son retard est l'un des marqueurs précoces du TSA.
Jeux de rôles partagés, premières amitiés réciproques, latéralisation manuelle stabilisée vers 5 ans.
Régulation émotionnelle progressive : les colères passent typiquement de 8-10/jour à 2 ans à <2/jour à 5 ans (Wakschlag 2012). Au-delà, persistance et intensité justifient un avis pro.
Période 6-11 ans : phase de latence et compétences scolaires
Période d'apprentissages académiques majeurs (lecture courante en CE1, écriture, calcul opératoire). Daniel Marcelli (2018) la qualifie de phase d'investissement scolaire et social privilégiée. C'est aussi la fenêtre de repérage des troubles dys, du TDAH (DSM-5-TR exige les symptômes avant 12 ans), des troubles anxieux scolaires et du harcèlement scolaire (pic CM2-6e selon Catheline 2018).
Adolescence (12-18 ans) : remaniements et risques
Période de transformations corporelles (puberté), psychiques (individuation-séparation, Blos 1962 ; processus d'adolescence Marcelli 2018) et sociales. Selon l'INSERM (expertise 2014), l'adolescence concentre l'apparition de 50 % des troubles psychiatriques de l'adulte (chiffre confirmé par Solmi 2022, Molecular Psychiatry). Marcelli (2018) et Cyrulnik (2019) insistent sur la double dimension : période de vulnérabilité ET de plasticité réparatrice (résilience).
Neurodéveloppement : pourquoi l'adolescence est une fenêtre critique
Les travaux d'IRM longitudinaux de Casey et al. (Developmental Review 2008) et Steinberg (Developmental Review 2008) ont popularisé un modèle dual-process expliquant la prise de risque adolescente :
Les circuits limbiques (striatum, amygdale, NAcc) impliqués dans la récompense et l'émotion maturent tôt (10-12 ans, accélérés par la puberté).
Le cortex préfrontal (contrôle exécutif, inhibition, anticipation des conséquences) mature plus tard, jusqu'à 25 ans environ (Giedd 2008).
Cet écart temporel crée une fenêtre 12-18 ans où la motivation pour les pairs et les récompenses est forte alors que le freinage exécutif est encore en construction. Conséquence : prise de risque, sensibilité au stress social, vulnérabilité aux substances et aux écrans.
Cette donnée a deux implications cliniques. Premièrement, l'environnement (famille, école, pairs) joue un rôle protecteur ou aggravant majeur à cette période — l'ado n'est ni un "petit adulte" ni un "enfant entêté". Deuxièmement, les soins précoces ont un effet d'autant plus marqué qu'ils interviennent dans une fenêtre de plasticité élevée.
Théorie de l'attachement : la grammaire silencieuse
John Bowlby (1969) puis Mary Ainsworth (Strange Situation, 1978) ont identifié quatre patterns d'attachement entre 12 et 18 mois, aux conséquences durables :
PatternComportement enfantRéponse parentale typiquePronostic adulte
Sécure (~60 %)Cherche le parent au stress, se laisse consoler, repart explorerSensibilité, prévisibilitéBonnes relations, régulation émotionnelle
Insécure-évitant (~20 %)Indifférence apparente, exploration sans contactRejet ou indisponibilité émotionnelleFuite des relations, hyper-autonomie
Insécure-ambivalent (~10 %)Détresse intense, ne se calme pasImprévisibilité (parfois disponible, parfois absent)Dépendance anxieuse, jalousie
Désorganisé (~10 %)Comportements contradictoires (s'approche puis fuit)Effrayant ou effrayé (souvent trauma parental)Risque accru pathologie limite, dissociation
L'étude longitudinale de Sroufe à Minnesota (suivi 30 ans) a confirmé l'effet de l'attachement précoce sur la santé mentale adulte. Bonne nouvelle : l'attachement n'est pas figé. Une figure secondaire stable (grand-parent, enseignant, thérapeute) peut modifier le pattern — c'est ce que Cyrulnik appelle la résilience par tuteurs. La psychothérapie elle-même, en construisant une "base sécure" thérapeutique, fait évoluer les modèles internes opérants (Fonagy 2002).
Tableau synthétique des signaux d'alerte par tranche d'âge
TrancheSignaux d'alerte (consultation indiquée)Hypothèses cliniquesNuméro / structure
0-3 ansPas de babillage à 12 mois, pas de pointage à 18 mois, pas d'association 2 mots à 24 mois, contact visuel pauvre, intérêts restreints, sommeil/alimentation très perturbés, retrait, agrippement extrêmeTSA, retard de langage, trouble de l'attachement, TDIPédiatre, PMI, PCO TND, CAMSP
3-6 ansÉnurésie persistante > 5 ans, encoprésie, mutisme sélectif, agressivité massive, retrait, terreurs nocturnes répétées, refus alimentaireAnxiété, troubles du sommeil, trouble oppositionnel, suspicion maltraitanceMédecin traitant, CMP-IJ, 119
6-11 ansÉchec scolaire massif sans explication, lenteur extrême, plaintes somatiques répétées (maux de ventre/tête), refus scolaire, isolement, automutilations, harcèlementTroubles dys, TDAH, anxiété de séparation/scolaire, harcèlement, dépression précoceMédecin scolaire, CMP-IJ, 3018, 30 20
12-18 ansRetrait brutal, chute scolaire, troubles du sommeil, perte ou prise de poids rapide (>5 % en 1 mois), automutilations, propos suicidaires, conduites à risques, fuguesDépression, troubles anxieux, TCA, idéations suicidaires, suspicion violences3114, MDA, urgences pédopsy, Fil Santé Jeunes 0 800 235 236
DSM-5-TR vs CIM-11 : quelles différences pour les troubles de l'enfant ?
Les deux nosographies coexistent en France. Le DSM-5-TR (APA 2022) est utilisé en recherche et par les pédopsychiatres ; la CIM-11 (OMS 2022) est la référence de la Sécurité sociale (codage administratif).
TroubleDSM-5-TR (2022)CIM-11 (2022)Différences clés
TDAH314.0x — Inattentive / Hyperactive-impulsive / Combinée6A05 — Attention deficit hyperactivity disorderCIM-11 inclut désormais les présentations adultes ; seuil DSM 6 symptômes (5 si ≥17 ans)
TSA299.00 — Spectre, 3 niveaux de sévérité6A02 — Autism spectrum disorder, avec/sans déficit intellectuel/langageCIM-11 plus dimensionnelle ; les deux exigent symptômes précoces
Dépression de l'enfant296.2x — Major depressive disorder (irritabilité possible)6A70-72 — Single / Recurrent / DysthymiaCritères symétriques ; durée ≥2 semaines
Trouble oppositionnel (TOP)313.81 — 4 symptômes/8 sur ≥6 mois6C90 — Oppositional defiant disorder, avec/sans irritabilité chroniqueCIM-11 sépare colère chronique (DMDD du DSM)
Anxiété de séparation309.216B05CIM-11 reconnaît l'adulte ; DSM exige ≥4 semaines (enfant)
Trouble du jeu vidéoSection recherche (à confirmer)6C51 — Gaming disorder (formel)CIM-11 a tranché : trouble formel depuis 2019
Pédopsychiatre, psychologue, neuropsy, psychomotricien, orthophoniste : qui fait quoi ?
La confusion est fréquente côté familles. Voici les rôles distincts, les remboursements et les délais d'accès en 2026 :
ProfessionnelRôleRemboursementDélai moyen
PédopsychiatreMédecin spécialiste, diagnostique, prescrit (méthylphénidate, ISRS en ado si besoin), suit les pathologies sévères, hospitalise si besoinSécu (consult. 46,70 € secteur 1, dépassements secteur 2)4-9 mois en libéral, 6-18 mois CMP
Psychologue clinicienÉvalue (WISC-V, NEPSY-II, Vineland-3), accompagne en psychothérapie (TCC, systémique, psychodynamique), bilans, ne prescrit pasMon Soutien Psy (12 séances 50 €/an, dès 3 ans, sans avance depuis juin 2024)2-8 semaines en libéral
NeuropsychologueBilan cognitif détaillé (TDAH, TSA, troubles dys, traumatismes crâniens, post-cancer)Non remboursé Sécu hors parcours TND HAS 20181-4 mois en libéral
PsychomotricienBilan et rééducation psychomotrice (coordination, schéma corporel, latéralité, tonus)Non remboursé Sécu sauf parcours TND HAS 2018 (PCO 0-12 ans)1-3 mois
OrthophonisteBilan et rééducation langage oral/écrit (dyslexie, dysorthographie, dysphasie)Sécu sur prescription médicale (100 % AMO)3-12 mois selon zones
ErgothérapeuteAménagement environnement, troubles graphisme, dyspraxieNon remboursé hors parcours TND1-4 mois
Le parcours de bilan : étape par étape
Étape 1 — Médecin traitant ou pédiatre : repérage avec grille HAS, examen somatique, exclusion organique (audition, vision, NFS, bilan thyroïdien si pertinent), recueil scolaire (cahiers, bulletins).
Étape 2 — Orientation : (a) CMP-IJ (gratuit, sectoriel, attente 3-9 mois), (b) libéral (Mon Soutien Psy ou non remboursé, 200-700 € selon bilan), (c) Plateforme de Coordination et d'Orientation TND (PCO 0-12 ans, parcours forfait HAS 2018).
Étape 4 — Bilans complémentaires selon hypothèse : WISC-V (cognitif 6-16 ans), WPPSI-IV (2,5-7 ans), Vineland-3 (autonomie), NEPSY-II (neuropsy 3-16 ans), bilan ortho (langage), psychomot (motricité), bilan ergo si dyspraxie suspectée.
Étape 5 — Synthèse et restitution : compte-rendu écrit pluridisciplinaire, plan d'accompagnement par axes (médical, rééducatif, scolaire, familial), articulation école : PAI (médical), PAP (troubles dys sans MDPH), PPRE (difficultés scolaires temporaires), PPS (handicap, via MDPH). En cas de dossier MDPH : AESH (auxiliaire), AVS, AEEH, PCH, RQTH ado.
SigleSignificationConcerne
MDPHMaison départementale des personnes handicapéesReconnaissance handicap, ouvre droits
PPSProjet personnalisé de scolarisationÉlève reconnu en situation de handicap (MDPH)
PAPPlan d'accompagnement personnaliséTroubles dys sans dossier MDPH
PAIProjet d'accueil individualiséTroubles somatiques (allergies, épilepsie, asthme)
PPREProgramme personnalisé de réussite éducativeDifficultés scolaires ponctuelles
AESHAccompagnant des élèves en situation de handicapAide humaine en classe (notification MDPH)
AEEHAllocation d'éducation enfant handicapéAide financière parents (CAF, via MDPH)
ULISUnité localisée pour l'inclusion scolaireDispositif de scolarisation collective
SESSADService d'éducation spéciale et de soins à domicileSuivi médico-social ambulatoire
Troubles dys et troubles neurodéveloppementaux (TND)
Les troubles dys touchent 5 à 8 % des enfants scolarisés (HAS 2018, INSERM 2007). Ils sont neurodéveloppementaux : ni paresse, ni manque d'intelligence. Diagnostic posé après bilan ortho (dyslexie/dysorthographie/dysphasie), psychomot/ergo (dyspraxie), neuropsy (dyscalculie). Parcours TND HAS 2018 : repérage → médecin traitant → PCO TND départementale (0-12 ans) → bilans pris en charge selon forfait → suivi orthophonique/psychomot/ergo selon plan. Stanislas Dehaene (Apprendre à lire 2018) rappelle que la dyslexie repose sur une atypie d'activation de la "boîte aux lettres" du cortex temporo-occipital gauche, et que la rééducation orthophonique structurée (méthode phonique) reste la base.
Dyslexie (3-7 % des enfants) : trouble spécifique de la lecture (décodage et fluence).
Dysorthographie : trouble de l'écriture (orthographe lexicale + grammaticale).
Dyspraxie / TDC : trouble du développement de la coordination (5-6 %, DSM-5-TR).
Dyscalculie (3-6 %) : trouble du sens du nombre et des calculs.
Harcèlement scolaire : un facteur de risque majeur
Selon la DEPP (2022) et le programme pHARe (ministère de l'Éducation nationale), 6-10 % des élèves français subissent un harcèlement scolaire dans l'année, avec un pic CM2-6e (Catheline 2018, Olweus 1993). Conséquences psychiatriques avérées (Copeland et al., JAMA Psychiatry 2013 — étude Great Smoky Mountains) : risque accru de dépression × 4, troubles anxieux × 4, idéations suicidaires × 5 chez les ados ayant subi harcèlement persistant. Conduite à tenir famille + école :
Appel 30 20 (numéro national harcèlement, 9h-20h, gratuit, programme pHARe).
Si cyberharcèlement : 3018 (e-Enfance, suppression de contenus, signalement plateforme).
Information écrite au chef d'établissement (lettre RAR), demande d'application du protocole pHARe.
Plainte au commissariat ou gendarmerie si harcèlement caractérisé (loi 4 août 2014, peines aggravées 2022 — délit autonome de harcèlement scolaire avec peine encourue jusqu'à 10 ans).
Suivi psychologique enfant + travail de groupe classe (méthode de la préoccupation partagée, Pikas).
Conseils anti-harcèlement validés : ne jamais culpabiliser la victime, valoriser la parole, co-construire des stratégies (signaler, éviter les zones non surveillées, alliés).
Place des parents dans la thérapie de l'enfant
Les parents ne sont jamais "spectateurs". La guidance parentale (Patterson 1982 ; Webster-Stratton "Incredible Years" 1990 ; Sanders "Triple P" 1999) montre des effets significatifs sur les troubles du comportement : méta-analyse Cochrane Furlong 2012 → effet large d = 0,5-0,7, maintenu à 3-5 ans (Webster-Stratton 2010).
Enfants 0-6 ans : le travail parental est souvent prioritaire (l'enfant en thérapie est secondaire) ; programmes PCIT (Eyberg, parent-enfant en oreillette), Triple P, Incredible Years.
Enfants 6-11 ans : alternance enfant seul / parents seuls / familial. Russell Barkley parle de "parent training" comme socle de premier niveau pour le TDAH+TOP.
Adolescents : travail plus indirect mais toujours utile. Thérapie familiale (Minuchin, Selvini-Palazzoli, Andolfi). Le respect du secret professionnel adolescent (HAS 2014) est central : ce qui est dit en séance n'est pas restitué aux parents sauf danger imminent.
Boris Cyrulnik (2019, La nuit, j'écrirai des soleils) rappelle qu'un seul "tuteur de résilience" stable suffit souvent à infléchir une trajectoire. Ce tuteur peut être un parent, un grand-parent, un enseignant, un éducateur, un coach sportif. La plasticité psychique de l'enfant est élevée — un soin précoce et un environnement sécure peuvent réparer beaucoup.
Transition pédopsychiatrie → psychiatrie adulte
La transition entre soins pédopsy (jusqu'à 16-18 ans selon les services) et psychiatrie adulte est un moment à risque, documenté comme période de rupture de soin majeure (Singh et al., British Journal of Psychiatry 2010 : seuls 4 % des jeunes en transition bénéficient d'une prise en charge optimale). La HAS (recommandations 2022 transition adolescent-adulte) préconise :
Anticipation 6 à 12 mois avant le passage.
Co-consultation pédopsy + psychiatre adulte au moins une fois.
Compte-rendu écrit transmis avec l'accord du patient.
Implication progressive du jeune dans la gestion de son parcours (ordonnances, rdv) avec autonomie graduelle.
Maintien d'un fil familial soutenant tant que possible.
Points cardinaux pour les parents : 8 principes validés
Sécurité affective d'abord — un attachement sécure est le facteur protecteur n°1 (Bowlby, Ainsworth, Sroufe).
Fil Santé Jeunes 0 800 235 236 — Anonyme, gratuit, 9h-23h, dès 12 ans.
15 ou 112 — Urgence vitale (geste suicidaire imminent, intoxication).
116 006 — France Victimes (aide aux victimes de violences).
SOS Amitié 09 72 39 40 50 — Écoute 24/7.
Maisons des Adolescents (MDA) — un numéro par département, sans rdv, gratuit, 11-25 ans + parents.
Net Écoute / e-Enfance 3018 — adolescents et parents.
Sortir du tabou : parler du mal-être de l'enfant ne le fabrique pas
Une idée reçue persistante : aborder la souffrance, le suicide, le harcèlement avec un enfant ou un ado risquerait de l'y "pousser". La méta-analyse Dazzi et al. (Psychol Med, 2014) a montré le contraire : poser la question "as-tu pensé à mourir ?" n'augmente pas les idéations suicidaires ; elle ouvre au contraire un espace protecteur. Cette donnée est aujourd'hui le standard international (NICE 2022, recommandations OMS 2014, HAS 2014, AFSP).
Ce guide a été rédigé à partir de sources cliniques publiques (HAS, INSERM, OMS, Santé publique France, recommandations DSM-5-TR / CIM-11, articles peer-reviewed cités en bibliographie). Il a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un acte de diagnostic ni un substitut à l'évaluation par un professionnel de santé. Les vignettes cliniques sont anonymisées et illustratives. En cas de souffrance ou d'urgence, contactez les numéros listés ci-dessus ou rapprochez-vous d'un professionnel — médecin traitant, pédiatre, psychologue, pédopsychiatre, CMP-IJ, MDA.
Sources et bibliographie
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Organisation mondiale de la santé. CIM-11 (2022).
Haute Autorité de Santé. Repérage troubles psychiques 0-12 ans (2014, mise à jour 2022).
HAS. Recommandations TSA — diagnostic et parcours (2018).
HAS. Recommandations TND — Plateformes de Coordination et d'Orientation (2018, mises à jour 2022).
HAS. Manifestations dépressives à l'adolescence (2014).
HAS. Conduite à tenir devant un enfant TDA/H (2014, mise à jour 2022).
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Identifier précocement une difficulté psychique chez l'enfant ou l'adolescent change le pronostic. Plus l'intervention est ajustée et précoce, meilleurs sont les indicateurs à 5 et 10 ans (INSERM 2014, expertise collective troubles psychiques). Si vous hésitez, consultez en première intention votre médecin traitant ou pédiatre, qui orientera vers un pédopsychiatre, un psychologue ou un Centre médico-psychologique infanto-juvénile (CMP-IJ, gratuit, secteur public).
Ce contenu a une vocation informative et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. En cas de souffrance ou d'inquiétude pour un mineur, consultez un médecin, un pédopsychiatre ou un psychologue.
Questions fréquentes sur Enfants & adolescents
À partir de quel âge un enfant peut-il consulter un psychologue ?
Dès la naissance via la PMI, et formellement dès 3 ans pour le dispositif Mon Soutien Psy (12 séances 50 € remboursées par an, sans avance depuis juin 2024). Un bilan en bonne et due forme avec le WPPSI-IV est possible dès 2,5 ans. Un travail en thérapie individuelle structurée commence le plus souvent vers 5-6 ans, plus tôt si jeu thérapeutique.
Quelle différence entre pédopsychiatre, psychologue et neuropsychologue ?
Le pédopsychiatre est médecin (diagnostique, prescrit, hospitalise). Le psychologue clinicien évalue (WISC-V, NEPSY) et suit en psychothérapie, sans prescrire. Le neuropsychologue est un psychologue spécialisé en bilans cognitifs détaillés (TDAH, TSA, dys, post-traumatismes). Les trois sont complémentaires, pas concurrents.
Mon enfant fait des colères énormes, est-ce un trouble ?
Avant 4-5 ans, les colères sont la norme : 84 % des enfants en ont (Wakschlag JAACAP 2012). Indicateurs cliniques : > 25 minutes, > 5 par jour, destruction d'objets, agression d'autrui ou auto-agression, impossibilité de récupérer. Si oui, un avis (médecin, CMP-IJ, psychologue) est utile.
Comment savoir si c'est une phase ou un trouble chez mon ado ?
Critères d'alerte : tristesse > 2 semaines, retrait social complet, chute scolaire prolongée, troubles du sommeil/appétit majeurs, automutilations, propos suicidaires, conduites à risque répétées. Un seul critère suffit pour consulter (médecin, MDA, 3114 si idées suicidaires).
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Combien de temps dure une thérapie d'enfant ?
Très variable : 8-12 séances pour un trouble aigu (anxiété, deuil simple), 6-12 mois pour un trouble installé (TOP, anxiété sévère), pluriannuel pour TSA/TND. Les programmes parentaux (Incredible Years, Triple P) durent 10-14 séances. La HAS recommande de réévaluer tous les 3-6 mois.
Le méthylphénidate (Ritaline) est-il dangereux ?
Non, dans le cadre d'usage validé (ANSM 2023). Le World Federation Consensus (Faraone 2021, méta-analyses Cortese 2018 Lancet Psy) confirme un rapport bénéfice-risque favorable pour le TDAH avéré. Effets fréquents : insomnie, baisse d'appétit, anxiété — généralement transitoires. Suivi cardiaque pré-thérapeutique recommandé.
Que faire si mon enfant subit du harcèlement scolaire ?
Appeler le 30 20 (harcèlement scolaire, 9h-20h), informer le chef d'établissement par écrit (programme pHARe obligatoire depuis 2022), capturer les preuves si cyber (3018 e-Enfance), proposer un soutien psychologique, dépôt de plainte si nécessaire. Ne pas attendre — l'inertie alimente le harcèlement.
Que dire à un enfant après un deuil ?
Mots concrets, pas de métaphores ("il dort" risque de phobie du sommeil). Adapter à l'âge : 3-6 ans ont besoin d'être déchargés de la culpabilité magique ; 7-9 ans intègrent l'irréversibilité ; ado : espace de parole. Maintenir routines, ne pas surprotéger, utiliser albums (Empreintes, Vivre Son Deuil) et rituels (album photos, anniversaire).
Mon enfant refuse l'école : que faire ?
Ne pas céder à l'évitement long terme (alimente l'anxiété). Bilan médecin traitant (exclure organique, repérer harcèlement). Maintenir le lien scolaire MÊME PARTIEL (1h/j > 0h). Consultation psychologue (TCC "Coping Cat"), guidance parentale. Si refus dure > 2 semaines : avis pédopsy, PAI temporaire.
Quelle place pour les écrans selon l'âge ?
Recommandations 2024 (Mouton-Benyamina, Tisseron 3-6-9-12) : 0 écran < 3 ans, < 1h 3-6 ans, encadré 6-12 ans (pas de smartphone), pas de réseaux sociaux < 15 ans. Toujours : pas dans la chambre, 1h avant le coucher, pas pendant les repas. Le co-visionnage divise par 2 les effets négatifs (Madigan 2019).
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