« Je me suis mise à pleurer dans la voiture, en pleine journée, sans raison. » Cette phrase, des psychologues l'entendent chaque semaine. Pleurer sans déclencheur identifiable n'est ni un caprice, ni un signe de faiblesse. C'est un signal — souvent le premier — que quelque chose, sur le plan émotionnel ou clinique, demande de l'attention. Cet article fait le tri entre les pleurs « ordinaires » d'une charge mentale élevée, et les pleurs symptômes d'un trouble de l'humeur caractérisé. Il s'appuie sur les critères DSM-5-TR (American Psychiatric Association, 2022), les recommandations HAS 2017 sur la dépression de l'adulte, les dossiers INSERM et la littérature peer-reviewed récente sur la régulation émotionnelle.
Précisons d'emblée : pleurer sans raison apparente ne veut pas dire pleurer sans cause. La cause existe ; elle est simplement non immédiatement consciente. Le travail consiste à la rendre lisible — d'abord pour soi, parfois avec l'aide d'un tiers professionnel.
Pourquoi pleure-t-on ? Physiologie des larmes
Trois types de larmes
La recherche distingue trois catégories de larmes (Vingerhoets, Why Only Humans Weep, Oxford University Press, 2013) :
- Larmes basales : produites en permanence pour lubrifier la cornée.
- Larmes réflexes : déclenchées par un stimulus physique (oignon, poussière, vent, lumière vive).
- Larmes émotionnelles : spécifiques à l'humain, liées à un état affectif (tristesse, joie, soulagement, colère, empathie).
Les larmes émotionnelles ont une composition biochimique distincte. Frey et al. (American Journal of Ophthalmology, 1981) ont montré qu'elles contiennent davantage de protéines et certaines hormones de stress (ACTH, prolactine, leucine-enképhaline) que les larmes réflexes. L'hypothèse — encore discutée — est que pleurer participerait à l'évacuation biochimique du stress.
Une fonction sociale et régulatrice
Au-delà du mécanisme physiologique, pleurer remplit deux fonctions documentées (Gračanin, Bylsma & Vingerhoets, Frontiers in Psychology, 2014) :
