Bore-out : l'épuisement par sous-charge
Le bore-out — du néerlandais et anglais boredom, ennui — désigne un syndrome d'épuisement professionnel par sous-charge chronique. Le concept a été popularisé par les consultants suisses Philippe Rothlin & Peter Werder dans Diagnose Boreout (2007), puis exploré scientifiquement par Lukas Stock (Université de Saint-Gall) et plus récemment par Michael Mazocco (Université de Vienne) en 2022. Comme le brown-out, le bore-out ne figure pas dans la CIM-11 mais correspond à une réalité clinique observable.
Le paradoxe est cruel : passer ses journées à simuler une activité, à étirer artificiellement des tâches qui prendraient une heure pour remplir huit, à éviter d'attirer l'attention de peur qu'on ne réduise encore son périmètre. Cet épuisement par le vide est aussi délétère, à long terme, que le burn-out par surcharge — et beaucoup plus tabou.
Définition et triade Stock & Wenger
Lukas Stock (2015, Burnout — A Fashionable Diagnosis) propose une triade caractéristique du bore-out, distincte du burn-out :
- Sous-stimulation cognitive chronique : volume de travail effectif insuffisant, tâches répétitives sans challenge, absence d'apprentissage ;
- Ennui persistant pendant les heures de travail, allant de la lassitude à l'écœurement ;
- Désintérêt profond pour ce qui est demandé, perte progressive du sens et de la motivation.
Une enquête Stepstone 2018 (n = 11 000 salariés européens) trouve 15 à 20 % de répondants concernés par une sous-charge significative. En France, l'étude Securex 2014 (n = 2 287) estime à 5 à 7 % la part de salariés en bore-out franc, à laquelle s'ajoutent 15-20 % en zone d'alerte. Données déclaratives, non épidémiologiques au sens strict, mais convergentes.
Le mécanisme paradoxal : « si je travaille trop vite, on m'en donnera moins »
Stock & Wenger décrivent une boucle d'auto-renforcement typique : la personne en sous-charge accélère ou enrichit ses tâches au début, finit son travail rapidement, et constate qu'on lui en demande moins. Elle apprend alors à ralentir volontairement, étirer les délais, simuler la complexité, voire produire du « théâtre du travail » (présence visible en réunion, mails superflus). Cette stratégie de survie produit ses propres dégâts : honte, sentiment d'imposture, démotivation pervasive, dégradation de l'estime professionnelle.
