En bref. Le trouble de stress post-traumatique complexe (C-PTSD) a été reconnu comme entité diagnostique distincte par l'OMS dans la CIM-11 (code 6B41, 2018). Il survient typiquement après des traumas répétés, prolongés et relationnels (maltraitance enfance, violences conjugales, captivité, traite humaine). Au-delà des trois groupes de symptômes du PTSD (reviviscences, évitement, hypervigilance), il ajoute trois perturbations organisationnelles du soi : dysrégulation émotionnelle, image de soi négative, difficultés relationnelles. Le traitement nécessite des protocoles adaptés en phases (stabilisation longue avant retraitement). Cet article décrit le cadre clinique, l'évaluation (ITQ Cloitre 2018) et les approches recommandées. Si vous reconnaissez votre histoire, consultez un·e professionnel·le formé·e au psychotraumatisme. Urgences : 3114 (suicide, 24/7), 15 (SAMU), 3919 (violences faites aux femmes, anonyme), 116 006 (France Victimes), 119 (enfance en danger).
D'où vient le concept de "trauma complexe" ?
Une lente reconnaissance clinique
Dès les années 1980, des cliniciennes et cliniciens travaillant auprès de victimes de maltraitance prolongée, de violences conjugales chroniques ou d'anciens otages constatent que le diagnostic classique de PTSD ne capture pas l'étendue des perturbations observées. Ces personnes présentent bien des reviviscences et de l'hypervigilance, mais aussi une profonde altération du rapport à soi, aux autres et au monde.
En 1992, la psychiatre américaine Judith Herman publie Trauma and Recovery et propose la notion de "complex PTSD" pour décrire ce tableau. Le terme s'enracine dans la pratique clinique mais reste, pendant 25 ans, en dehors des classifications officielles : ni le DSM ni la CIM ne le reconnaissent formellement.
La validation OMS en 2018
Après plus d'une décennie de travaux internationaux portés notamment par Marylène Cloitre, Andreas Maercker, Chris Brewin et le groupe de travail OMS sur les troubles liés au stress, l'Organisation mondiale de la santé valide le C-PTSD comme entité distincte dans la CIM-11 publiée en 2018 (entrée en vigueur 2022). Code 6B41, à côté du PTSD classique 6B40.
Le DSM-5-TR de l'APA (2022), lui, n'a pas créé d'entité C-PTSD séparée. Il a élargi les critères du PTSD avec un sous-type dissociatif et des spécificateurs (expression retardée, jeune enfant). Cette divergence DSM/CIM est importante en pratique : un·e clinicien·ne français·e peut s'appuyer sur la CIM-11 pour poser un diagnostic de C-PTSD, mais doit savoir qu'aux États-Unis le DSM reste la référence administrative.
Questions fréquentes sur Traumatisme et PTSD
C-PTSD et borderline, c'est pareil ?
Non. Les deux entités peuvent partager des symptômes (instabilité affective, image de soi instable, relations difficiles) et coexister. Cliniquement, le C-PTSD est défini par l'origine traumatique répétée et les trois groupes de symptômes PTSD ; le trouble borderline ne requiert pas d'événement traumatique et inclut une peur d'abandon centrale. Une évaluation clinique est nécessaire.
