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Anorexie mentale : symptômes, diagnostic et traitement

Anorexie mentale : symptômes, diagnostic et traitement

Anorexie mentale : critères DSM-5-TR, repérage, traitements validés (TCC-E, FBT), pronostic. Sources HAS 2010, Lock & Le Grange 2013.

4 min de lecturePublié le

Par la rédaction Mayako

Notre méthodologie éditorialeMis à jour le

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Sommaire · 20 sections

Contenu sensible. Cet article aborde l'anorexie mentale sous un angle clinique. Il ne contient ni IMC cible, ni nombre de calories, ni descriptions détaillées de comportements de restriction. Si vous-même ou un proche êtes en souffrance, appelez le 3114 (24/7, gratuit) ou la ligne FFAB 0 810 037 037. En cas d'urgence vitale, composez le 15.

L'anorexie mentale (CIM-11 6B80, DSM-5-TR Anorexia Nervosa) est le TCA le plus médiatisé mais aussi le plus mal compris. Ce n'est ni un caprice, ni un choix, ni "juste un régime trop strict" : c'est un trouble psychiatrique avec un retentissement somatique potentiellement grave, codifié, et — point essentiel — qui se traite. Selon Solmi et al. (2022, Molecular Psychiatry), sa prévalence vie-entière est d'environ 0,9 % chez les femmes et 0,3 % chez les hommes ; elle débute le plus souvent à l'adolescence (pic 14-18 ans), même si des formes adulte et pré-pubère existent.

Définition clinique (DSM-5-TR, CIM-11)

Le DSM-5-TR (2022) définit l'anorexie mentale par trois critères :

  1. Restriction des apports énergétiques aboutissant à un poids corporel significativement bas pour l'âge, le sexe et la trajectoire de développement (notion qualitative évaluée par un médecin — pas un IMC seuil).
  2. Peur intense de prendre du poids ou de devenir gros·se, ou comportements persistants interférant avec la prise de poids, malgré un poids significativement bas.
  3. Altération de la perception du poids ou de la silhouette ; influence excessive du poids sur l'estime de soi ; manque de reconnaissance de la gravité.

Le DSM-5-TR distingue deux types : restrictif pur et avec accès hyperphagiques / purgatifs. La sévérité est cotée selon l'IMC actuel (légère, modérée, sévère, extrême). C'est un repère médical, pas un objectif thérapeutique. La CIM-11 (code 6B80) ajoute une distinction selon la durée et la présence d'un poids dangereusement bas.

Anorexie mentale atypique : quand le poids n'est pas (encore) bas

Le DSM-5-TR a introduit la catégorie anorexie mentale atypique dans les OSFED : tableau clinique complet d'anorexie mais sans poids significativement bas. Cette forme est au moins aussi fréquente que l'anorexie typique (Sawyer 2016, Pediatrics) et tout aussi sévère sur le plan psychique et somatique (variations rapides de poids, hypotension, aménorrhée). Elle nécessite la même prise en charge.

Combien de personnes sont concernées ?

La méta-analyse Solmi et al. (2022, Lancet Psychiatry) estime la prévalence vie-entière à environ 0,9 % chez les femmes et 0,3 % chez les hommes. L'incidence pic se situe entre 14 et 19 ans. Plusieurs études (Taquet 2022) ont rapporté une augmentation de l'incidence chez les adolescents depuis la pandémie. Près d'un quart des cas seraient masculins (Murray 2017), un chiffre régulièrement sous-estimé en raison du retard diagnostique.

Repérage : signes d'alerte

Comportementaux

  • Évitement progressif d'aliments entiers (matières grasses, sucres, féculents, viande).
  • Comptage obsessionnel, lecture systématique des étiquettes, pesées répétées.
  • Hyperactivité physique compulsive (sport excessif, station debout prolongée).
  • Évitement des repas en société, mensonges sur la prise alimentaire.
  • Vêtements amples cachant le corps ; difficultés à se regarder ou hyper-vérification au miroir.
  • Cuisine pour les autres sans manger soi-même, intérêt obsessionnel pour la nourriture.

Psychiques

  • Perfectionnisme, rigidité cognitive, intolérance à l'erreur.
  • Anxiété, irritabilité, repli social.
  • Pensées envahissantes autour du poids, de la silhouette, des aliments.
  • Sentiment d'efficacité et de contrôle paradoxal lié à la restriction.
  • Déni partiel ou total de la gravité — caractéristique du tableau.

Somatiques (à évaluer par un médecin)

  • Aménorrhée secondaire ou primaire.
  • Frilosité, lanugo (duvet), troubles trophiques cutanés.
  • Bradycardie, hypotension orthostatique, lipothymies.
  • Ostéopénie / ostéoporose précoce, fractures de fatigue.
  • Constipation chronique, retard de vidange gastrique.
  • Troubles de la concentration, ralentissement cognitif.

En bref : aucun signe pris isolément ne signe le diagnostic. C'est l'association de signes comportementaux, psychiques et somatiques sur une durée de plusieurs semaines qui doit alerter.

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Vignette clinique : Inès, 17 ans

Inès est arrivée en consultation pédopsychiatrique amenée par ses parents, après que son médecin scolaire eut repéré une bradycardie à 42/min lors d'une visite de routine. Aucun antécédent psychiatrique. Une chute pondérale de 9 kg en six mois, masquée par des pulls larges. Elle s'entraînait au cross-country et avait progressivement supprimé les féculents puis les protéines animales « pour la performance ». Aménorrhée depuis quatre mois. Le diagnostic d'anorexie mentale a été posé en quelques entretiens. La FBT a été initiée avec ses parents, en lien avec un médecin somaticien et une diététicienne formée. À douze mois, Inès avait retrouvé un poids cible, des règles régulières, repris l'école à plein temps. La phase de consolidation a duré encore neuf mois. Cette trajectoire favorable n'aurait pas été possible sans le repérage précoce du médecin scolaire.

Diagnostic et bilan initial (HAS 2010)

Le diagnostic est clinique. La HAS (2010, Anorexie mentale : prise en charge) recommande un bilan somatique systématique : NFS, ionogramme, urée-créat, bilan hépatique, calcémie-phosphorémie, magnésémie, glycémie à jeun, TSH, ECG, ostéodensitométrie après 6 mois d'aménorrhée. Évaluation des comorbidités : dépression (très fréquente), troubles anxieux, TOC, antécédents de trauma. Le SCOFF-F (5 questions) sert au repérage en première ligne ; l'EDE-Q de Fairburn à l'évaluation spécialisée.

Que demande-t-on lors d'une première consultation ?

  • Trajectoire pondérale détaillée (poids prémorbide, vitesse de perte).
  • Restrictions alimentaires concrètes, rituels, comportements compensatoires.
  • Activité physique (durée, intensité, caractère compulsif).
  • Cycle menstruel, sommeil, fatigue, lipothymies.
  • Humeur, anxiété, idées suicidaires (à toujours évaluer).
  • Histoire familiale, événements de vie, environnement social.
  • Représentation du corps, des aliments, du soin.
💡 Premier repère — Pour situer où vous en êtes, questionnaire d'orientation gratuit. Indicateur, pas verdict clinique — un psychologue reste indispensable pour un vrai bilan.

Traitements validés

PopulationPremière ligneNiveau de preuveRéférence
Adolescent (≤ 18 ans)FBT (thérapie familiale Maudsley)ÉlevéLock & Le Grange 2013, Couturier 2013
AdulteTCC-E (Enhanced)ModéréFairburn 2008, Hay 2014 Cochrane
Forme sévère / chroniqueMANTRA, SSCM, hospitalisationModéréSchmidt 2015, McIntosh 2005

FBT (Family-Based Treatment) — détail

Principe : les parents reprennent temporairement la charge de la renutrition à domicile, sous supervision thérapeutique, avant un retour progressif d'autonomie alimentaire à l'adolescent·e. Trois phases sur ≈ 12 mois (18-20 séances) :

  1. Phase 1 — renutrition : les parents organisent et supervisent les repas, le thérapeute soutient et coache. Objectif : reprise pondérale stable.
  2. Phase 2 — transfert progressif : restitution graduée de l'autonomie alimentaire à l'adolescent·e selon son état clinique.
  3. Phase 3 — adolescence et identité : travail sur les enjeux développementaux, séparation, projet de vie, prévention de la rechute.

Couturier et al. (2013, méta-analyse) montrent une supériorité de la FBT sur la thérapie individuelle classique en fin de traitement et à 6-12 mois. La FBT n'est pas une thérapie familiale au sens systémique : c'est un protocole structuré, ciblé sur la maladie.

TCC-E (Enhanced) — détail

Fairburn (2008) propose un modèle transdiagnostique des TCA. Format 20 séances pour les formes simples, 40 pour les formes complexes (CBT-Eb, comorbidités majeures). Quatre phases : engagement et auto-monitoring, modification des règles alimentaires, restructuration cognitive (image corporelle, surinvestissement), prévention de la rechute. Hay et al. (2014, Cochrane) confirment l'efficacité de la TCC dans l'anorexie adulte versus traitement standard.

MANTRA et SSCM

Le MANTRA (Maudsley Anorexia Nervosa Treatment for Adults, Schmidt 2015) cible les styles de pensée propres à l'anorexie chronique (rigidité, focus sur les détails, évitement émotionnel). Le SSCM (Specialist Supportive Clinical Management, McIntosh 2005) est une prise en charge clinique spécialisée structurée. Ces approches font partie de l'arsenal de seconde ligne ou pour les formes longues.

Médicaments

Aucun médicament n'a démontré d'efficacité spécifique sur les symptômes centraux de l'anorexie mentale (HAS 2010, NICE NG69 2017). Les psychotropes traitent uniquement les comorbidités (dépression, anxiété, TOC). Toute prescription relève du médecin et s'intègre à un projet pluridisciplinaire.

Indications d'hospitalisation

La HAS (2010) liste des critères :

  • Somatiques : poids très bas, troubles ioniques (hypokaliémie, hyponatrémie), bradycardie sévère, hypotension orthostatique sévère, hypothermie, ralentissement cognitif majeur.
  • Psychiatriques : idées suicidaires actives, comorbidité psychiatrique sévère, échec de l'engagement thérapeutique ambulatoire.
  • Environnementaux : isolement, parents épuisés, contexte familial impossible, échec ambulatoire répété.

L'hospitalisation peut être en service spécialisé, en pédopsychiatrie ou en unité TCA dédiée. Le contrat de soins n'est plus systématique mais individualisé. La sortie d'hospitalisation est un moment à haut risque de rechute : un relais ambulatoire structuré est essentiel.

Le syndrome de renutrition inappropriée

Lors de la reprise alimentaire après une dénutrition sévère, un syndrome de renutrition inappropriée peut survenir (NICE NG69, 2017) : hypophosphorémie, hypokaliémie, hypomagnésémie, troubles cardiaques et neurologiques. Sa prévention repose sur une renutrition progressive supervisée, idéalement en milieu spécialisé, avec surveillance biologique rapprochée les premiers jours. Ce risque justifie de ne pas tenter de renutrition rapide à domicile sans encadrement médical.

Pronostic

Bardone-Cone et al. (2010) rapportent ≈ 60-70 % de rétablissement complet à long terme (10-22 ans) chez les personnes ayant été prises en charge. Steinhausen (2002, Am J Psychiatry), méta-analyse de 119 études, donnait des chiffres comparables. Le pronostic est meilleur si :

  • début précoce repéré et traité,
  • durée de maladie courte avant traitement,
  • alliance thérapeutique solide,
  • soutien familial mobilisable,
  • absence de purges et de comorbidités sévères non traitées.

La mortalité, bien que la plus élevée des troubles psychiatriques (Arcelus 2011), est en baisse avec les prises en charge actuelles. Les principales causes restent la dénutrition sévère et le suicide. Chaque année gagnée sur le délai entre apparition et soin compte.

Numéros utiles

  • 3114 — prévention du suicide, 24/7.
  • FFAB Anorexie Boulimie Info Écoute : 0 810 037 037.
  • Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236.
  • SAMU : 15 en urgence vitale.

Sources cliniques

  • HAS, Anorexie mentale : prise en charge, 2010.
  • DSM-5-TR, 2022.
  • OMS, CIM-11, code 6B80.
  • Lock J., Le Grange D., Treatment Manual for Anorexia Nervosa, Guilford, 2013.
  • Couturier J. et al., méta-analyse FBT vs thérapie individuelle, 2013.
  • Fairburn C. G., Cognitive Behavior Therapy and Eating Disorders, 2008.
  • Hay P. et al., Cochrane, 2014.
  • Schmidt U. et al., MANTRA, 2015.
  • McIntosh V. V. et al., SSCM, 2005.
  • Bardone-Cone A. et al., Behav Res Ther, 2010.
  • Steinhausen H., Am J Psychiatry, 2002.
  • Arcelus J. et al., Arch Gen Psychiatry, 2011.
  • Murray S. B. et al., Curr Psychiatry Rep, 2017.
  • Sawyer S. M. et al., Pediatrics, 2016 — anorexie atypique.
  • NICE, Eating disorders, NG69, 2017 — syndrome de renutrition.
  • Solmi M. et al., Lancet Psychiatry, 2022 — prévalence.

Cet article a été rédigé à partir de sources cliniques publiques (HAS, DSM-5-TR, CIM-11, publications peer-reviewed). Il a vocation informative et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé mentale. Aucun diagnostic ne peut être posé à distance. En cas de souffrance, contactez le 3114, le 0 810 037 037 (FFAB) ou le 15 en urgence vitale.

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L'anorexie mentale se traite. Plus la prise en charge est précoce et pluridisciplinaire, meilleur est le pronostic — et la majorité des personnes guérissent. Le rôle de l'entourage est essentiel mais doit s'appuyer sur des professionnels formés.

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Pour parler dès maintenant : 3114 (24/7), 0 810 037 037 (FFAB), 15 en urgence vitale. Voir aussi notre guide complet TCA et l'annuaire des psychologues spécialisés.

Questions fréquentes sur Troubles du comportement alimentaire (TCA)

Quel est le critère de poids dans l'anorexie selon le DSM-5-TR ?

Le DSM-5-TR (2022) parle d'un poids "significativement bas pour l'âge, le sexe et la trajectoire de développement" — c'est une évaluation clinique qualitative, pas un seuil d'IMC. La sévérité est cotée a posteriori (légère/modérée/sévère/extrême). Aucun chiffre cible ne doit être communiqué hors d'un cadre médical : c'est un repère pour le médecin, pas un objectif.

L'anorexie touche-t-elle uniquement les adolescentes ?

Non. Si le pic d'incidence se situe à l'adolescence (14-18 ans), l'anorexie touche aussi les enfants pré-pubères, les adultes, les hommes (sous-diagnostiqués, ≈ 25 % des cas selon Murray 2017) et les personnes âgées. Le sport (esthétiques, catégories de poids), certains métiers (mode, danse) et l'identité LGBTQ+ sont des facteurs de risque documentés.

La FBT (thérapie familiale Maudsley) est-elle une approche culpabilisante pour les parents ?

Non, c'est l'inverse. La FBT (Lock & Le Grange, 2013) repose sur le postulat que les parents ne sont pas responsables du trouble mais qu'ils sont les mieux placés pour aider leur adolescent à se renourrir. Elle externalise la maladie et donne aux parents un rôle actif et structuré. C'est la thérapie de première ligne chez l'adolescent (méta-analyse Couturier 2013).

Existe-t-il un traitement médicamenteux de l'anorexie ?

Non, aucun médicament n'a démontré d'efficacité sur les symptômes centraux de l'anorexie (HAS 2010). Les psychotropes (antidépresseurs, antipsychotiques à faible dose) sont parfois utilisés pour traiter des comorbidités (dépression, anxiété, TOC) mais ne se substituent jamais à la psychothérapie et à la renutrition. La prescription est l'affaire d'un psychiatre formé.

Quand l'hospitalisation est-elle nécessaire ?

La HAS (2010) liste des critères somatiques (poids très bas, hypokaliémie, bradycardie sévère, hypothermie), psychiatriques (idées suicidaires actives, comorbidité sévère) et environnementaux (échec du suivi ambulatoire, isolement). La décision est médicale et individualisée. L'hospitalisation peut être en pédopsychiatrie, en unité TCA spécialisée ou en service de médecine selon le risque vital.

Peut-on guérir complètement de l'anorexie ?

Oui. Bardone-Cone et al. (2010) montrent ≈ 60-70 % de rétablissement complet à 10-22 ans (poids, comportement, cognitions). Steinhausen (2002) confirme. Le pronostic est d'autant meilleur que le repérage est précoce, l'alliance thérapeutique solide et le suivi mené à terme. Un suivi 1-2 ans après rémission diminue le risque de rechute (Keel & Brown 2010).
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