Contenu sensible. Cet article aborde l'anorexie mentale sous un angle clinique. Il ne contient ni IMC cible, ni nombre de calories, ni descriptions détaillées de comportements de restriction. Si vous-même ou un proche êtes en souffrance, appelez le 3114 (24/7, gratuit) ou la ligne FFAB 0 810 037 037. En cas d'urgence vitale, composez le 15.
L'anorexie mentale (CIM-11 6B80, DSM-5-TR Anorexia Nervosa) est le TCA le plus médiatisé mais aussi le plus mal compris. Ce n'est ni un caprice, ni un choix, ni "juste un régime trop strict" : c'est un trouble psychiatrique avec un retentissement somatique potentiellement grave, codifié, et — point essentiel — qui se traite. Selon Solmi et al. (2022, Molecular Psychiatry), sa prévalence vie-entière est d'environ 0,9 % chez les femmes et 0,3 % chez les hommes ; elle débute le plus souvent à l'adolescence (pic 14-18 ans), même si des formes adulte et pré-pubère existent.
Définition clinique (DSM-5-TR, CIM-11)
Le DSM-5-TR (2022) définit l'anorexie mentale par trois critères :
- Restriction des apports énergétiques aboutissant à un poids corporel significativement bas pour l'âge, le sexe et la trajectoire de développement (notion qualitative évaluée par un médecin — pas un IMC seuil).
- Peur intense de prendre du poids ou de devenir gros·se, ou comportements persistants interférant avec la prise de poids, malgré un poids significativement bas.
- Altération de la perception du poids ou de la silhouette ; influence excessive du poids sur l'estime de soi ; manque de reconnaissance de la gravité.
Le DSM-5-TR distingue deux types : restrictif pur et avec accès hyperphagiques / purgatifs. La sévérité est cotée selon l'IMC actuel (légère, modérée, sévère, extrême). C'est un repère médical, pas un objectif thérapeutique. La CIM-11 (code 6B80) ajoute une distinction selon la durée et la présence d'un poids dangereusement bas.
Anorexie mentale atypique : quand le poids n'est pas (encore) bas
Le DSM-5-TR a introduit la catégorie anorexie mentale atypique dans les OSFED : tableau clinique complet d'anorexie mais sans poids significativement bas. Cette forme est au moins aussi fréquente que l'anorexie typique (Sawyer 2016, Pediatrics) et tout aussi sévère sur le plan psychique et somatique (variations rapides de poids, hypotension, aménorrhée). Elle nécessite la même prise en charge.
Combien de personnes sont concernées ?
La méta-analyse Solmi et al. (2022, Lancet Psychiatry) estime la prévalence vie-entière à environ 0,9 % chez les femmes et 0,3 % chez les hommes. L'incidence pic se situe entre 14 et 19 ans. Plusieurs études (Taquet 2022) ont rapporté une augmentation de l'incidence chez les adolescents depuis la pandémie. Près d'un quart des cas seraient masculins (Murray 2017), un chiffre régulièrement sous-estimé en raison du retard diagnostique.
Repérage : signes d'alerte
Comportementaux
- Évitement progressif d'aliments entiers (matières grasses, sucres, féculents, viande).
- Comptage obsessionnel, lecture systématique des étiquettes, pesées répétées.
- Hyperactivité physique compulsive (sport excessif, station debout prolongée).
- Évitement des repas en société, mensonges sur la prise alimentaire.
- Vêtements amples cachant le corps ; difficultés à se regarder ou hyper-vérification au miroir.
- Cuisine pour les autres sans manger soi-même, intérêt obsessionnel pour la nourriture.
Psychiques
- Perfectionnisme, rigidité cognitive, intolérance à l'erreur.
- Anxiété, irritabilité, repli social.
- Pensées envahissantes autour du poids, de la silhouette, des aliments.
- Sentiment d'efficacité et de contrôle paradoxal lié à la restriction.
- Déni partiel ou total de la gravité — caractéristique du tableau.
Somatiques (à évaluer par un médecin)
- Aménorrhée secondaire ou primaire.
- Frilosité, lanugo (duvet), troubles trophiques cutanés.
- Bradycardie, hypotension orthostatique, lipothymies.
- Ostéopénie / ostéoporose précoce, fractures de fatigue.
- Constipation chronique, retard de vidange gastrique.
- Troubles de la concentration, ralentissement cognitif.
En bref : aucun signe pris isolément ne signe le diagnostic. C'est l'association de signes comportementaux, psychiques et somatiques sur une durée de plusieurs semaines qui doit alerter.
L'anorexie mentale se traite. Plus la prise en charge est précoce et pluridisciplinaire, meilleur est le pronostic — et la majorité des personnes guérissent. Le rôle de l'entourage est essentiel mais doit s'appuyer sur des professionnels formés.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Pour parler dès maintenant : 3114 (24/7), 0 810 037 037 (FFAB), 15 en urgence vitale. Voir aussi notre guide complet TCA et l'annuaire des psychologues spécialisés.
