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Étudiant et syndrome de l'imposteur : grandes écoles et fac

Étudiant et syndrome de l'imposteur : grandes écoles et fac

Comprendre pourquoi prépas, grandes écoles et fac sont des terrains fertiles au sentiment d'imposture étudiant. Mécaniques, moments-clés et solutions.

6 min de lecturePublié le

Par la rédaction Mayako

Notre méthodologie éditorialeMis à jour le

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Sommaire · 15 sections

« Je n'ai rien à faire ici » : une phrase récurrente sur les bancs de la fac et des prépas

Dans les cabinets universitaires d'écoute étudiante, cette phrase revient chaque semaine. Elle est prononcée par des élèves de grandes écoles admis sur concours, par des doctorants primés, par des étudiants boursiers arrivés en fac de médecine, aussi bien que par des jeunes diplômés en début de master. Le sentiment d'imposture n'attend pas la vie professionnelle : il s'installe souvent à l'adolescence, se durcit à l'entrée dans l'enseignement supérieur, et façonne durablement le rapport au travail et à la réussite. Cet article décrit pourquoi certains contextes étudiants sont des terrains particulièrement fertiles.

Prépas et grandes écoles : la sélection sociale comme accélérateur

Les classes préparatoires et grandes écoles françaises fonctionnent sur un principe de comparaison permanente : classement de colles, rangs de concours, hiérarchies internes après l'intégration. Ce fonctionnement produit trois effets qui, cumulés, installent le sentiment d'imposture.

  • La déqualification systématique — un ancien premier de classe se retrouve à la moyenne de sa nouvelle promotion, ce qui est mathématiquement inévitable et vécu comme un échec personnel.
  • La comparaison avec des pairs très visibles — les brillances individuelles sont observables au quotidien (interventions en cours, notes affichées, réponses au tableau), ce qui alimente une hiérarchisation permanente.
  • Le décalage social ressenti — les étudiants issus de milieux moins favorisés ou de villes moyennes se perçoivent souvent comme « déplacés » face aux codes culturels dominants dans ces cursus.

Le cas particulier des boursiers en grandes écoles

Les études sociologiques françaises, notamment celles de l'Observatoire des inégalités et les travaux universitaires sur les parcours de boursiers, documentent depuis les années 2010 un ressenti spécifique : « je suis là par erreur, ou par quota ». Cette lecture de soi confond réussite au concours (objective) et légitimité à occuper la place (subjective). Elle nourrit un sentiment d'imposture particulièrement tenace, qui peut se prolonger longtemps après le diplôme.

Université : un terrain plus discret mais aussi actif

L'imposture étudiante ne se limite pas aux grandes écoles. En fac de sciences, de médecine, de droit, de lettres, le sentiment s'installe autrement. Il n'y a pas de classement affiché, mais il y a une auto-évaluation constante. Les partiels, les mémoires, les stages, les premières présentations orales sont autant de situations où l'écart entre ce que vous vous attribuez et ce qui vous est reconnu se creuse silencieusement.

Une étude américaine reprise par Bravata et al. (2020) mesure entre 20 % et 60 % de prévalence du sentiment d'imposture dans les populations étudiantes universitaires selon les cursus et les instruments utilisés. Les cursus longs et sélectifs (médecine, doctorat) affichent les taux les plus élevés. Les mécaniques sont proches de celles décrites dans notre article sur syndrome de l'imposteur et HPI, une part importante des étudiants concernés cumulant les deux profils.

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Les moments-charnières où le sentiment s'installe

L'entrée dans le supérieur

Le passage du lycée à la classe prépa ou à la fac est un des moments les plus décrits en consultation. La perte des repères familiers, l'autonomie soudaine et la comparaison brutale à un nouvel effectif de référence produisent un choc. Chez certains, ce choc se traduit par une hyper-adaptation silencieuse (travailler beaucoup, se taire, ne pas poser de questions), qui installe la conviction de « bluffer ».

Les premiers oraux et les concours

Les oraux blancs, les colles, les concours d'entrée aux écoles sont des situations à forte charge évaluative. Le sentiment d'imposture s'y active fortement, car la performance est mesurée sur un temps court par des évaluateurs perçus comme lointains. Une bonne note peut être vécue comme un hasard ; une note moyenne, comme la confirmation d'une imposture.

Le mémoire et les premiers travaux de recherche

La production d'un mémoire ou d'une thèse mobilise une posture nouvelle : ne plus être seulement récepteur de savoir, mais producteur. Cette bascule est souvent vécue comme illégitime. « De quel droit est-ce que j'écris là-dessus ? » est une phrase caractéristique du doctorat, encore plus prononcée chez les femmes et les personnes primo-accédantes à la recherche.

Ce qui aide, concrètement, pendant les études

Nommer le phénomène tôt

Repérer le sentiment d'imposture comme un phénomène connu et fréquent, plutôt que comme un défaut personnel, désamorce une partie de sa force. Beaucoup d'universités françaises intègrent désormais des ateliers de sensibilisation en L1 ou en première année d'école. Ces ateliers ne guérissent rien mais installent un vocabulaire. Notre grille des dix signes du syndrome de l'imposteur peut servir de support d'auto-repérage.

Trouver ses pairs

Les collectifs d'étudiants qui partagent le même vécu — associations de boursiers, cercles de doctorants, groupes de parole en école — ont un effet correcteur puissant. Entendre d'autres personnes brillantes exprimer le même doute désamorce l'idée d'une déficience individuelle.

Consulter un psychologue accessible

Le dispositif « Mon soutien psy » (jusqu'à douze séances remboursées par an) et les Bureaux d'Aide Psychologique Universitaire (BAPU) rendent l'accompagnement accessible financièrement. Les psychologues formés à l'accompagnement des étudiants — TCC, ACT, thérapies brèves — proposent des cadres adaptés aux rythmes universitaires. Un travail parallèle sur la boucle anxiété-performance est souvent utile chez les étudiants les plus concernés.

Un cas fréquemment rencontré en BAPU

Léa, 22 ans, deuxième année de médecine à Paris après une PASS validée du premier coup. Elle consulte au BAPU pour une anxiété qui s'aggrave depuis la rentrée. Elle décrit un fonctionnement typique : révisions jusqu'à deux heures du matin, sensation d'être toujours en retard sur les autres, conviction qu'elle a été admise « parce qu'il y avait de la place cette année ». Ses notes sont pourtant dans le tiers supérieur de la promotion. Elle raconte s'être sentie « déplacée » dès la rentrée à la fac : famille de commerçants d'une ville moyenne, aucun médecin dans l'entourage, codes culturels qu'elle a l'impression de ne pas maîtriser.

En six séances gratuites au BAPU, un travail est engagé sur trois axes : nommer le sentiment d'imposture comme un phénomène connu chez les étudiants primo-accédants aux études de santé, repérer les biais d'attribution qui minimisent ses résultats objectifs, identifier deux ou trois pairs avec un parcours proche pour rompre l'isolement subjectif. Léa poursuit ses études, avec un rythme mieux régulé et une anxiété qui reste présente mais moins invalidante. Le cas illustre l'utilité d'un accompagnement bref et accessible dès les premiers signes.

Quand consulter

Il peut être utile de solliciter un psychologue quand plusieurs signes se combinent. Le sentiment d'imposture perturbe le sommeil ou l'alimentation depuis plusieurs semaines. Vous envisagez sérieusement d'abandonner un cursus alors que vos résultats académiques ne le justifient pas. Le doute vous conduit à renoncer à des opportunités importantes (mobilité, stage, oral, publication). Vous ressentez une anhédonie durable, un retrait relationnel, ou des idées noires — dans ce dernier cas, contactez le 3114 (24/7, gratuit) sans attendre.

Vous pouvez situer votre vécu avec l'outil d'orientation Mayako sentiment d'illégitimité, inspiré des travaux de Clance et Imes (1978), et préparer ainsi une première consultation. L'article pilier notre guide sur le syndrome de l'imposteur offre un cadre plus large pour situer votre vécu.

Sources et repères

  • Clance P. R., Imes S. A., 1978, article fondateur.
  • Bravata D. M. et al., 2020, méta-analyse BMJ.
  • Sakulku J., Alexander J., 2011, revue systématique.
  • Observatoire des inégalités, dossiers annuels enseignement supérieur.
  • Valerie Young, 2011 — les cinq profils du sentiment d'imposture.
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Questions fréquentes sur Syndrome de l'imposteur

Pourquoi je ressens un syndrome de l'imposteur alors que j'ai été admis sur concours ?

Le concours mesure votre performance à un moment donné, il ne garantit pas la sensation de légitimité au quotidien. Une fois intégré, vous entrez dans un nouvel effectif de référence où votre position relative change mécaniquement : un ancien premier de classe devient moyen dans une promotion sélective. Cette déqualification statistique est vécue comme un échec personnel, alors qu'elle est structurelle.

Le syndrome de l'imposteur est-il plus fort chez les boursiers en grandes écoles ?

Les travaux sociologiques français documentent depuis les années 2010 un ressenti spécifique chez les étudiants primo-accédants ou boursiers : la conviction d'être « là par erreur » ou « par quota ». Ce ressenti confond la réussite objective au concours avec la légitimité subjective à occuper la place. Il peut se prolonger longtemps après le diplôme et mérite parfois un travail thérapeutique dédié.

Comment consulter un psychologue quand on est étudiant sans budget ?

Deux dispositifs principaux : le programme Mon soutien psy rembourse jusqu'à douze séances par an chez un psychologue conventionné, sans avance de frais dans la majorité des cas. Les Bureaux d'Aide Psychologique Universitaire (BAPU) proposent des consultations gratuites aux étudiants. Les Services de Santé Étudiante (SSE) sur les campus offrent également des premières consultations.

Je pense à abandonner mon cursus à cause du doute permanent, est-ce grave ?

Envisager d'abandonner alors que vos résultats académiques ne le justifient pas est un signal fort qu'un accompagnement psychologique serait utile avant toute décision. Le sentiment d'imposture n'est pas un bon conseiller pour ce choix : il tend à dramatiser l'écart entre ce que vous êtes et ce que vous croyez devoir être. Un ou deux entretiens avec un psychologue étudiant peuvent clarifier ce qui relève du doute et ce qui relève d'un vrai désalignement de projet.

Le syndrome de l'imposteur en doctorat est-il différent des autres cursus ?

Il présente une intensité particulière car le doctorant doit passer d'une posture de récepteur de savoir à celle de producteur. Cette bascule identitaire est très fréquemment vécue comme illégitime, avec la phrase récurrente « de quel droit est-ce que j'écris là-dessus ? ». Le phénomène est plus marqué chez les femmes et les primo-accédants à la recherche. Les collectifs de doctorants ont un effet correcteur documenté.

Le syndrome de l'imposteur disparaît-il après l'obtention du diplôme ?

Pas automatiquement. Chez beaucoup d'anciens étudiants concernés, le sentiment se déplace vers le premier emploi, puis vers la prise de poste suivante. Nommer le mécanisme pendant les études, apprendre à distinguer performance objective et sentiment de légitimité, réduit fortement le risque de le retrouver au premier passage professionnel. Un travail thérapeutique pendant les études a souvent un effet préventif durable.
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