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Burn-out des soignants post-COVID : prévalence, prise en charge

Burn-out des soignants post-COVID : prévalence, prise en charge

Burn-out des soignants post-COVID : Galanis 2021 (47 études), fatigue de compassion (Figley 1995), Pros-Consult, ARS, MP CRRMP. Prise en charge, ressources.

11 min de lecturePublié le

Par la rédaction Mayako

Notre méthodologie éditorialeMis à jour le

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Sommaire · 16 sections

Burn-out des soignants : ce que la pandémie a révélé

Le burn-out des professionnels de santé n'est pas né avec le COVID-19, mais la pandémie l'a installé dans le débat public avec une intensité inédite. Méta-analyses internationales, observatoires de la Fédération hospitalière, syndicats infirmiers, ARS : tous convergent vers un constat — la prévalence du burn-out chez les soignants français a augmenté significativement depuis 2020 et ne revient pas, en 2025, aux niveaux pré-pandémiques.

Cet article fait le point sur les chiffres, les facteurs spécifiques (organisationnels > individuels), la fatigue de compassion (Figley 1995) souvent confondue avec le burn-out classique, et les ressources disponibles : Pros-Consult, lignes d'écoute ARS, dispositifs hospitaliers. Pour le tableau clinique général du burn-out, voir le pilier.

Prévalence : ce que dit Galanis 2021

La méta-analyse de référence pour le burn-out des soignants pendant la pandémie est celle de Galanis et al. (2021, Journal of Advanced Nursing) — 47 études incluses, n > 18 000 infirmiers à travers le monde, période mars 2020 à février 2021. Résultats agrégés :

  • Prévalence du burn-out (toutes dimensions confondues) : 34,1 % [IC 95 % : 22,5–46,6] ;
  • Épuisement émotionnel élevé : 31,8 % ;
  • Dépersonnalisation élevée : 21,7 % ;
  • Accomplissement personnel diminué : 40,6 %.

Les facteurs prédicteurs significatifs : exposition directe au COVID, durée des gardes, manque d'EPI, jeune âge, manque de soutien organisationnel et perception d'un risque pour les proches. Une réplication post-pandémique (Bell et al., 2023, BMJ Open, méta-analyse 79 études) trouve des taux comparables ou supérieurs en 2022-2023, suggérant que l'épuisement n'a pas reflué avec la fin de l'urgence sanitaire.

Données françaises spécifiques

  • Observatoire de la souffrance au travail des soignants (FHF, 2023) : 49 % des médecins hospitaliers et 45 % des infirmiers en burn-out modéré à sévère ;
  • Enquête CNG / DGOS 2022 : 34 % des praticiens hospitaliers déclarent envisager une rupture professionnelle dans les 5 ans ;
  • Enquête Ordre des médecins 2023 : 25 % des médecins libéraux rapportent un syndrome d'épuisement, dont 11 % sévère ;
  • SUMER 2017 / 2024 (DARES) : surreprésentation du secteur sanitaire dans les expositions cumulées aux RPS.

Données déclaratives, hétérogènes méthodologiquement (MBI complet vs items isolés), à interpréter avec prudence — mais convergentes : la prévalence est au moins 2 fois supérieure à celle de la population active générale.

Facteurs spécifiques aux soignants

Facteurs organisationnels (les plus puissants)

Aronsson et al. (2017, BMC Public Health, méta-analyse 25 études prospectives) identifient les facteurs organisationnels comme les prédicteurs les plus robustes du burn-out, davantage que les traits individuels. Pour les soignants, les déterminants documentés incluent :

  • Sous-effectif chronique (ratio infirmier/patients) ;
  • Charge de travail variable, gardes longues, travail de nuit ;
  • Faible autonomie décisionnelle (modèle Karasek 1979) ;
  • Déséquilibre effort/récompense (modèle Siegrist 1996) ;
  • Conflits de valeurs (qualité empêchée, Clot 2010 — refus de prendre en charge faute de moyens) ;
  • Violences verbales et physiques au travail (Observatoire national des violences en milieu de santé, 2023) ;
  • Absence de débriefing post-événements critiques (décès, erreurs, agressions).

Facteurs individuels

Moins prédictifs que l'organisationnel, mais identifiables :

  • Antécédents personnels de troubles anxio-dépressifs ;
  • Style perfectionniste auto-orienté (Stoeber & Damian 2014) ;
  • Difficulté à déléguer ou à demander de l'aide ;
  • Faible recours au soutien psychologique (auto-stigmatisation des soignants face aux soins de santé mentale).

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Fatigue de compassion (Figley 1995) : un syndrome distinct

La fatigue de compassion (compassion fatigue) — concept introduit par Charles Figley en 1995 — désigne l'épuisement spécifique des soignants exposés répétitivement à la souffrance et au trauma de leurs patients. Elle se manifeste par :

  • Symptômes proches du stress post-traumatique secondaire (intrusions, évitement, hyperéveil) ;
  • Émoussement empathique (empathy erosion) ;
  • Cynisme protecteur, parfois confondu avec la dépersonnalisation du burn-out ;
  • Sentiment d'inefficacité face à la souffrance d'autrui.

Stamm (2010) propose le Professional Quality of Life (ProQOL), instrument validé en 30 items qui mesure trois dimensions : satisfaction de compassion, burn-out et stress traumatique secondaire. Distinguer ces dimensions a un intérêt clinique fort : la fatigue de compassion appelle des outils spécifiques (débriefing structuré, EMDR si trauma vicariant caractérisé, supervision d'équipe), distincts de la simple récupération du burn-out par surcharge.

Mesures organisationnelles vs individuelles : ce qui marche

La revue systématique de Panagioti et al. (2017, JAMA Internal Medicine, k = 20 essais randomisés sur médecins) compare les interventions organisationnelles (réduction de la charge, modification des plannings, équipes dédiées) aux interventions individuelles (mindfulness, TCC, ateliers de gestion du stress). Conclusion : les deux marchent, mais les interventions organisationnelles ont un effet de plus grande ampleur (standardized mean difference ≈ 0,45 vs 0,18 pour l'individuel). Les meilleures interventions combinent les deux.

Interventions organisationnelles documentées

  • Renforcement des effectifs (ratios infirmier/patient documentés) ;
  • Aménagement des gardes (durée maximale, repos compensateur) ;
  • Cellules de soutien psychologique en interne, débriefing systématique post-événement critique ;
  • Structures de supervision clinique (Balint, équipes mobiles psy, supervision en équipe) ;
  • Procédures contre les violences au travail (signalement, accompagnement juridique).

Interventions individuelles documentées

  • MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction, Krasner et al. 2009, JAMA, n = 70 médecins) — réduction du burn-out, amélioration de l'empathie, effets maintenus à 12 mois ;
  • TCC ciblées sur la gestion du stress et la régulation émotionnelle (Maricuțoiu et al. 2017, méta-analyse) ;
  • Supervision individuelle, espaces de parole hors hiérarchie ;
  • Soutien par les pairs (groupes Balint, intervisions).
💡 Premier repère — Pour situer où vous en êtes, questionnaire d'orientation gratuit. Indicateur, pas verdict clinique — un psychologue reste indispensable pour un vrai bilan.

Vignette composite — Karim, 39 ans, urgentiste

Vignette clinique composite anonymisée — aucun patient réel.

Karim, 39 ans, urgentiste dans un CHU français, consulte 18 mois après la première vague COVID. Tableau : épuisement émotionnel élevé (MBI EE = 38), dépersonnalisation marquée (« je ne ressens plus rien quand un patient décède, et ça me fait peur »), accomplissement personnel diminué. Intrusions diurnes (visages de patients décédés en réa COVID), hyperéveil, irritabilité, conflits conjugaux émergents. Score IES-R évocateur d'un stress traumatique caractérisé associé.

Prise en charge multimodale : arrêt initial de 6 semaines, accompagnement par le service de santé au travail hospitalier, démarches MP CRRMP (Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles), thérapie EMDR sur les souvenirs intrusifs, protocole MBSR de 8 semaines. Reprise à temps partiel thérapeutique (50 %, Art. L323-3 CSS) avec aménagement (sortie temporaire des nuits). À 14 mois, Karim a repris un temps plein avec maintien d'un suivi mensuel et d'un groupe Balint hebdomadaire. Ce qu'il a verbalisé en bilan : « le débriefing systématique post-réa qu'on a mis en place dans le service compte autant que ma thérapie individuelle ».

Ressources et lignes d'écoute

  • Pros-Consult (programme national d'accompagnement des soignants — depuis 2018, étendu post-COVID) : entretiens téléphoniques confidentiels avec psychologues, gratuits, anonymes, sans inscription préalable ;
  • Lignes d'écoute ARS : chaque ARS dispose d'un dispositif d'écoute dédié aux soignants (numéros différents selon la région — voir le site de votre ARS) ;
  • Cellule SOS Soignants Île-de-France et dispositifs régionaux équivalents ;
  • Médecin du travail / service de santé au travail de l'établissement (visite de pré-reprise possible Art. R4624-29 du Code du travail, sans en informer l'employeur) ;
  • Numéro national de prévention du suicide : 3114, 24/7, gratuit, accessible aussi aux soignants en détresse ;
  • Pour les médecins libéraux : associations MOTS (Médecins Organisation Travail Santé) et AAPML (Association d'Aide Professionnelle aux Médecins Libéraux), entraide ordinale.

Reconnaissance en maladie professionnelle

Le burn-out n'est pas inscrit aux tableaux des maladies professionnelles (MP). Il peut néanmoins être reconnu en MP hors tableau via le CRRMP (Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles), sous conditions cumulatives (Art. L461-1 al. 7 du Code de la sécurité sociale) :

  • Affection caractérisée par un certificat médical détaillé (souvent un syndrome anxio-dépressif lié au burn-out) ;
  • Lien direct et essentiel avec le travail habituel ;
  • IPP (incapacité permanente partielle) prévisible ≥ 25 % ou décès.

Pour les soignants, l'accident du travail (AT, Art. L411-1 CSS) reste également une voie possible quand un événement précis (agression, choc émotionnel ponctuel) peut être identifié comme déclencheur. L'accompagnement par le médecin du travail et un avocat ou un syndicat est utile à la constitution du dossier.

Que faire si vous êtes soignant en difficulté ?

  • Vous n'êtes pas seul(e) : la prévalence du burn-out chez les soignants français est de l'ordre de 1 sur 3 à 1 sur 2 selon les enquêtes ;
  • Consulter votre médecin traitant ou un psychiatre / psychologue formé aux problématiques soignantes ;
  • Solliciter votre service de santé au travail (visite de pré-reprise possible sans en informer l'employeur) ;
  • Appeler Pros-Consult ou la ligne ARS de votre région ;
  • Pour les médecins libéraux, MOTS ou AAPML proposent des consultations confraternelles ;
  • Si suspicion de stress traumatique secondaire, demander une évaluation spécifique (échelle IES-R, ProQOL) — l'EMDR ou les TCC traumatocentrées sont des prises en charge documentées ;
  • En cas d'idées suicidaires : 3114 (24/7) ou 15.

Ressources et informations complémentaires

Bibliographie

  • Galanis, P. et al. (2021). Nurses' burnout and associated risk factors during the COVID-19 pandemic: A systematic review and meta-analysis. Journal of Advanced Nursing, 77(8).
  • Bell, V. et al. (2023). Burnout in healthcare workers post-COVID: meta-analysis. BMJ Open, 13(7).
  • Figley, C.R. (1995). Compassion Fatigue: Coping with Secondary Traumatic Stress Disorder. Brunner/Mazel.
  • Stamm, B.H. (2010). The Concise ProQOL Manual.
  • Krasner, M.S. et al. (2009). Association of an educational program in mindful communication with burnout, empathy, and attitudes among primary care physicians. JAMA, 302(12).
  • Panagioti, M. et al. (2017). Controlled interventions to reduce burnout in physicians: A systematic review and meta-analysis. JAMA Internal Medicine, 177(2).
  • Maricuțoiu, L.P. et al. (2017). The effectiveness of controlled interventions on employees' burnout: A meta-analysis. Journal of Occupational and Organizational Psychology, 89(1).
  • Aronsson, G. et al. (2017). A systematic review including meta-analysis of work environment and burnout symptoms. BMC Public Health, 17.
  • Aiken, L.H. et al. (2002). Hospital nurse staffing and patient mortality, nurse burnout, and job dissatisfaction. JAMA, 288(16).
  • Salvagioni, D. et al. (2017). Physical, psychological and occupational consequences of job burnout. PLOS ONE, 12(10).
  • FHF (2023). Observatoire de la souffrance au travail des soignants.
  • Ordre des médecins (2023). Atlas de la démographie médicale.
  • DARES (2017, 2024). Enquête SUMER.
  • Code de la sécurité sociale, Art. L411-1, L461-1, L323-3.
  • Code du travail, Art. R4624-29 (visite de pré-reprise), L4624-4.

Cet article est rédigé à partir de sources cliniques publiques et de travaux académiques peer-reviewed. Il ne remplace pas un avis médical ni une consultation psychologique.

En cas d'idées suicidaires : 3114 (numéro national de prévention du suicide, 24/7, gratuit). Urgence vitale : 15. Souffrance et violences au travail : 0 800 13 00 00 (numéro vert ministère du Travail). Soignants en difficulté : Pros-Consult, lignes d'écoute ARS, médecin du travail (visite de pré-reprise sans en informer l'employeur, Art. R4624-29 Code du travail).

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Questions fréquentes sur Burn-out (professionnel, parental, aidant)

La pandémie a-t-elle « créé » le burn-out des soignants ?

Non. La méta-analyse Aiken et al. (2002, JAMA) sur les infirmiers américains et plusieurs études européennes pré-2020 trouvaient déjà des prévalences élevées (25-30 %). Le COVID a amplifié et révélé le phénomène, mais le terrain était structurel : sous-effectif chronique, charge cumulative, faible autonomie. Galanis 2021 et Bell 2023 confirment qu'une partie significative de l'augmentation post-COVID ne reflue pas avec la fin de l'urgence sanitaire — c'est l'organisation du travail qui doit évoluer, pas seulement la conjoncture sanitaire.

Suis-je obligé(e) de signaler à ma hiérarchie que je consulte ?

Non. La consultation auprès d'un médecin traitant, d'un psychiatre, d'un psychologue libéral ou d'un dispositif comme Pros-Consult relève strictement du secret médical et de votre vie privée. La visite de pré-reprise auprès du médecin du travail (Art. R4624-29 du Code du travail) peut être demandée par le salarié sans en informer l'employeur — c'est explicitement prévu pour préserver la confidentialité.

Peut-on être reconnu en MP pour un burn-out de soignant ?

Oui, via la procédure hors tableau du CRRMP (Art. L461-1 al. 7 CSS) — le burn-out lui-même n'a pas de tableau dédié, mais le syndrome anxio-dépressif qui en résulte peut être qualifié, sous conditions strictes (lien direct et essentiel avec le travail, IPP prévisible ≥ 25 %). Pour les événements ponctuels (agression, décès brutal d'un patient avec choc), l'accident du travail (Art. L411-1) est une autre voie. Un accompagnement par le médecin du travail et un avocat est recommandé.

Que faire si mon équipe / service refuse les débriefings ?

Plusieurs leviers existent : remontée auprès du chef de service, du président de CME, de la CGM ou des représentants du personnel ; saisine du CSE-CSSCT ; signalement auprès du service de santé au travail. Dans les ARS, les cellules de prévention RPS peuvent intervenir. À titre individuel, des supervisions externes (groupes Balint hors institution, supervision libérale) sont une alternative quand l'équipe refuse.

Fatigue de compassion et burn-out, c'est différent ?

Oui, partiellement. Le burn-out est lié à la charge et au déséquilibre demandes/ressources. La fatigue de compassion (Figley 1995) est liée à l'exposition répétée à la souffrance et au trauma vicariant. Les deux peuvent coexister, et leurs symptômes se chevauchent (épuisement, cynisme protecteur), mais la prise en charge optimale n'est pas identique : la fatigue de compassion répond aux outils du trauma (EMDR, TCC traumatocentrées, débriefing) en plus des outils du burn-out.

Faut-il quitter le métier de soignant pour s'en sortir ?

Pas systématiquement. Beaucoup de soignants récupèrent et reprennent leur métier après une prise en charge adéquate, parfois avec des aménagements (mi-temps thérapeutique, sortie des nuits, mobilité interne — bloc, consultation, formation, recherche). La rupture professionnelle reste une option légitime quand l'environnement est durablement délétère et qu'aucun changement n'est possible. Un travail psychologique en parallèle évite de rejouer le même schéma sur un nouveau poste, dans le même métier ou ailleurs.
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