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ARFID : trouble de restriction et d'évitement alimentaire

ARFID : trouble de restriction et d'évitement alimentaire

L'ARFID (trouble de restriction/évitement) selon le DSM-5 : critères, différentiel anorexie, sous-types sensoriels, prise en charge TCC et FBT.

11 min de lecturePublié le

Par la rédaction Mayako

Notre méthodologie éditorialeMis à jour le

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Sommaire · 15 sections

En bref

  • L'ARFID (Avoidant/Restrictive Food Intake Disorder) est un trouble du comportement alimentaire reconnu par le DSM-5 (APA, 2013) puis le DSM-5-TR (2022), et désormais codé F50.82 / 6B83 dans la CIM-11.
  • Trois moteurs cliniques principaux : peur des conséquences aversives (étouffement, vomissement), sensibilité sensorielle (texture, odeur, couleur) et manque d'intérêt apparent pour la nourriture.
  • Différence-clé avec l'anorexie mentale : pas de peur de prendre du poids, pas de distorsion de l'image corporelle.
  • Prise en charge ambulatoire pluridisciplinaire (psychiatre, diététicienne, ergothérapeute en cas de profil sensoriel) ; TCC adaptée ARFID et Family-Based Therapy ARFID (FBT-ARFID, Lock 2019) sont les modèles les plus étayés.
  • Si vous repérez ces signes chez votre enfant ou chez vous, parlez-en au médecin traitant. Numéros utiles : FFAB 0 810 037 037 ; Anorexie Boulimie Info Service ; 3114 (souffrance psychique) ; 15 (urgence vitale).

ARFID : de quoi parle-t-on exactement ?

L'ARFID a été ajouté au DSM-5 en 2013 comme un trouble distinct de l'anorexie mentale. Il remplace et élargit la catégorie ancienne « trouble alimentaire de la première / deuxième enfance » (DSM-IV) en l'étendant à l'adolescent et à l'adulte. Le critère central : un évitement ou une restriction alimentaire qui entraîne au moins une des conséquences suivantes :

  • perte de poids significative (ou cassure de courbe staturo-pondérale chez l'enfant) ;
  • déficit nutritionnel objectivé (carence en fer, zinc, vitamine D, B12…) ;
  • dépendance à des compléments oraux ou à une nutrition entérale ;
  • retentissement marqué sur le fonctionnement psycho-social (impossibilité de manger en famille, à la cantine, au restaurant).

Le DSM-5 exclut l'ARFID si la restriction s'explique par : un manque d'accès à la nourriture, une pratique culturelle, une autre pathologie médicale (sauf si la restriction excède ce que la pathologie justifie), ou un autre TCA (anorexie, boulimie). Il faut aussi qu'il n'y ait ni peur de grossir, ni perturbation de l'image corporelle — c'est la frontière diagnostique majeure.

Trois profils cliniques (Thomas et al. 2017)

Thomas et al. (Curr Opin Psychiatry, 2017) ont décrit trois sous-types non exclusifs, repris par la Pica, ARFID and Rumination Disorder Interview (PARDI, Bryant-Waugh 2019). Un même patient peut combiner deux ou trois moteurs.

  • Évitement sensoriel : refus lié à la texture (mou, granuleux, mixte), à l'odeur, à la couleur, à la température. Souvent stable depuis la petite enfance, fréquent chez l'enfant neurotypique comme chez l'enfant autiste.
  • Peur des conséquences aversives : peur d'étouffer, de vomir, d'avoir une réaction allergique. Fréquemment déclenchée par un événement précis (épisode d'étouffement, gastro-entérite sévère, vomissements répétés).
  • Manque d'intérêt apparent : absence de signaux de faim et de plaisir alimentaire, satiété précoce, sensation que manger « prend du temps pour rien ». Souvent associé à un IMC bas durable.

Vignette clinique : Théo, 9 ans

(Cas composite — prénom fictif, détails modifiés pour préserver l'anonymat.)

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Théo mange une dizaine d'aliments seulement depuis ses 3 ans : pâtes nature, pain, bananes, pommes de terre vapeur, jambon. Il refuse tout aliment vert, mixte ou en sauce. Sa courbe de poids passe du 25e au 5e percentile en deux ans. Le bilan retrouve une carence en fer et une vitamine D effondrée. Il n'exprime aucune préoccupation pour son poids et mange volontiers ce qu'il accepte. Le diagnostic d'ARFID — sous-type sensoriel — est posé à 9 ans. La prise en charge associe une thérapie comportementale d'exposition graduée, un suivi diététique avec liste hiérarchisée d'aliments cibles, et un travail en famille sur les repas. Vingt mois plus tard, son répertoire alimentaire compte trente aliments, son IMC est revenu au 20e percentile, et il déjeune à la cantine deux jours par semaine.

Différentiel avec l'anorexie mentale et la néophobie

Les chevauchements de symptômes (perte de poids, restriction) provoquent fréquemment des erreurs diagnostiques précoces. Trois questions structurent la distinction.

  • Le poids vous préoccupe-t-il ? En ARFID : non, ou seulement comme préoccupation secondaire (« j'aimerais grossir mais je n'arrive pas à manger »). En anorexie : la peur de grossir est le moteur central et persiste même à un IMC bas.
  • Comment vous voyez-vous dans le miroir ? En ARFID : pas de distorsion, l'image corporelle est cohérente avec le poids réel. En anorexie : déni de la maigreur, dysmorphophobie, vérifications corporelles.
  • Qu'est-ce qui rend la nourriture difficile ? En ARFID : la texture, l'odeur, la peur d'un incident, l'absence de faim. En anorexie : les calories, la peur du gras, la culpabilité.

La néophobie alimentaire — refus des aliments nouveaux, fréquente entre 2 et 6 ans (Cooke 2007) — n'est pas un trouble. Elle devient pathologique (et donc évocatrice d'ARFID) lorsque le répertoire reste très réduit après 6 ans, qu'il y a des conséquences nutritionnelles, ou que les repas génèrent une détresse familiale durable. Voir notre guide repérage TCA chez l'adolescent et notre guide complet sur les TCA pour le panorama.

Comorbidités fréquentes

  • Trouble du spectre de l'autisme : prévalence ARFID-TSA estimée à 5-23 % selon les études (Inoue 2021, Koomar 2021). Le profil sensoriel TSA chevauche directement le sous-type 1.
  • TDAH : faible appétit, hypersélectivité, distractibilité aux repas (Brigham 2018).
  • Troubles anxieux : anxiété généralisée, anxiété de séparation, phobie spécifique (étouffement, vomissement = émétophobie).
  • Trouble obsessionnel-compulsif : rituels alimentaires, contrôle qualité.

Épidémiologie : ce que disent les études

L'ARFID reste sous-diagnostiqué en routine généraliste. Les études récentes documentent une prévalence non négligeable.

  • Population générale (enfant) : 0,3-3,2 % selon les définitions (Kurz 2015 Suisse ; Hay 2017 Australie ; Chen 2020 Taïwan).
  • Cohortes cliniques TCA pédiatriques : 5-22 % des patients adressés répondent aux critères ARFID (Fisher 2014, Ornstein 2017).
  • Délai diagnostic : médiane > 3 ans entre apparition des symptômes et diagnostic (Strandjord 2015) — explique en partie la sévérité au moment du recours.
  • Sex-ratio : moins déséquilibré que l'anorexie. Les garçons représentent 28-43 % des cas (Norris 2018).
💡 Un premier filtre utile — Si vous hésitez à consulter, auto-évaluation courte. Ce n'est pas un outil diagnostique mais un repère pour orienter la démarche.

Quelle prise en charge propose-t-on ?

Aucune recommandation française dédiée n'existe en 2026 (la HAS 2010 traitait l'anorexie). Les protocoles de référence viennent de centres spécialisés américains et britanniques. Trois piliers :

1. Évaluation pluridisciplinaire

  • Pédiatre / médecin nutritionniste : courbe, IMC, bilan biologique (NFS, ferritine, zinc, vitamine D, B12, ionogramme), évaluation du retentissement somatique.
  • Psychologue ou pédopsychiatre formé TCA : entretien semi-structuré (PARDI), repérage comorbidités (anxiété, TSA, TDAH), évaluation de la motivation familiale.
  • Diététicienne : analyse du répertoire alimentaire actuel, hiérarchisation des cibles, plan progressif.
  • Ergothérapeute (sous-type sensoriel) : intégration sensorielle, séances d'exposition à la texture, à l'odeur, au goût.

2. Psychothérapies validées

  • TCC adaptée ARFID (Thomas & Eddy 2019, Cognitive-Behavioral Therapy for ARFID, CBT-AR) : 20-30 séances. Psychoéducation, exposition graduée, restructuration cognitive sur les conséquences redoutées, suivi nutritionnel intégré.
  • FBT-ARFID (Lock 2019, J Eat Disord) : adaptation de la Family-Based Therapy de Lock & Le Grange (2013). Les parents prennent en charge les repas en phase 1, restituent l'autonomie en phase 2-3. Étude pilote favorable mais essais randomisés en cours.
  • Approches sensorielles : Sequential Oral Sensory (SOS, Toomey) ; intégration sensorielle Ayres ; thérapie d'exposition à la texture étalée sur plusieurs mois.
  • Travail famille / cantine / école : aménagements PAI, présentation visuelle des assiettes, rythme des repas.

3. Prise en charge somatique et nutritionnelle

  • Compléments oraux hypercaloriques en relais ponctuel.
  • Supplémentation ciblée des carences (fer, zinc, vitamines).
  • Nutrition entérale par sonde naso-gastrique si dénutrition sévère ou échec ambulatoire — toujours en équipe spécialisée, jamais en première intention.

Médicaments

Aucun médicament n'a d'AMM pour l'ARFID. Quelques essais ouverts sur la mirtazapine (Gray 2018), l'olanzapine à très faible dose ou le dronabinol restent expérimentaux. Si comorbidité anxieuse marquée, un ISRS peut être discuté uniquement par un psychiatre. Voir notre satellite comorbidités psychiatriques des TCA.

Pronostic et durée de prise en charge

Les données long-terme sont récentes et hétérogènes. La cohorte de Lange (2019, Eur Eat Disord Rev) montre une rémission complète à 5 ans chez 50-70 % des enfants pris en charge précocement. Les facteurs pronostiques favorables :

  • début de prise en charge avant 11 ans ;
  • absence de TSA sévère associé ;
  • implication parentale soutenue dans le travail à domicile ;
  • absence de comorbidité dépressive non traitée.

La durée moyenne de traitement actif est de 12 à 24 mois, avec un suivi de consolidation pendant 1 an supplémentaire. Les rechutes en période de transition (entrée au collège, déménagement) ne sont pas rares et ne signent pas un échec.

Quand consulter ?

  • Répertoire alimentaire stable et étroit (< 20 aliments) au-delà de 6 ans.
  • Cassure de courbe staturo-pondérale ou perte de poids inexpliquée.
  • Bilan biologique avec carences malgré supplémentation.
  • Évitement social systématique des repas (cantine, anniversaires, restaurant).
  • Détresse familiale durable autour de l'alimentation (cris, pleurs, repas > 60 min).
  • Apparition d'un événement déclenchant (étouffement, vomissement, douleur abdominale) suivi d'un effondrement du répertoire.

L'orientation initiale passe par le médecin traitant ou le pédiatre, qui adresse vers une équipe spécialisée TCA pédiatrique ou adulte. La FFAB (Fédération Française Anorexie Boulimie, 0 810 037 037) tient à jour une liste d'équipes habituées à l'ARFID.

Sources cliniques

  • American Psychiatric Association. DSM-5-TR. Washington, 2022.
  • OMS. CIM-11, code 6B83 ARFID, 2022.
  • Thomas JJ, Lawson EA, Micali N, et al. Avoidant/Restrictive Food Intake Disorder: A Three-Dimensional Model of Neurobiology with Implications for Etiology and Treatment. Curr Psychiatry Rep. 2017;19(8):54.
  • Bryant-Waugh R, Micali N, Cooke L, et al. Development of the Pica, ARFID, and Rumination Disorder Interview (PARDI). Int J Eat Disord. 2019;52(4):378-387.
  • Fisher MM, Rosen DS, Ornstein RM, et al. Characteristics of avoidant/restrictive food intake disorder in children and adolescents: a 'new disorder' in DSM-5. J Adolesc Health. 2014;55(1):49-52.
  • Ornstein RM, Essayli JH, Nicely TA, et al. Treatment of ARFID in children and adolescents. Curr Opin Pediatr. 2017;29(4):443-446.
  • Lock J, Sadeh-Sharvit S, L'Insalata A. Feasibility of conducting a randomized clinical trial using family-based treatment for ARFID. J Eat Disord. 2019;7:25.
  • Thomas JJ, Eddy KT. Cognitive-Behavioral Therapy for Avoidant/Restrictive Food Intake Disorder. Cambridge University Press, 2019.
  • Norris ML, Spettigue WJ, Katzman DK. Update on eating disorders: current perspectives on ARFID in children and youth. Neuropsychiatr Dis Treat. 2018;14:213-218.
  • Strandjord SE, Sieke EH, Richmond M, Rome ES. ARFID: Illness and hospital course in patients hospitalized for nutritional insufficiency. J Adolesc Health. 2015;57(6):673-678.
  • Inoue T, Otani R, Iguchi T, et al. Prevalence of ASD and its comorbid features in children with ARFID. BioPsychoSocial Med. 2021;15:9.
  • Koomar T, Thomas TR, Pottschmidt NR, et al. Estimating the prevalence and genetic risk for ARFID. Front Psychiatry. 2021;12:668297.
  • Cooke LJ. The importance of exposure for healthy eating in childhood. J Hum Nutr Diet. 2007;20(4):294-301.
  • Galloway AT, Fiorito LM, Francis LA, Birch LL. 'Finish your soup': counterproductive effects of pressuring children to eat. Appetite. 2006;46(3):318-323.
  • Ressources patients : FFAB 0 810 037 037 ; Anorexie Boulimie Info Service ; 3114 (souffrance psychique) ; 15 (urgence vitale).

Cet article a été rédigé à partir de sources cliniques publiques (DSM-5-TR, CIM-11, littérature peer-reviewed citée). Il ne remplace pas une consultation médicale ou psychologique. En cas de doute sur votre santé ou celle de votre enfant, consultez votre médecin traitant ou un professionnel formé aux TCA.

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Questions fréquentes sur Troubles du comportement alimentaire (TCA)

L'ARFID est-il rare ?

Non, il est sous-diagnostiqué. Les études récentes l'estiment entre 0,3 et 3 % en population pédiatrique générale, et 5 à 22 % des consultations TCA pédiatriques (Fisher 2014, Ornstein 2017).

Mon enfant n'aime que cinq aliments — est-ce de l'ARFID ?

Pas nécessairement. La sélectivité alimentaire est fréquente entre 2 et 6 ans (Cooke 2007). On évoque l'ARFID si la restriction persiste après 6 ans et entraîne carences, retard de croissance ou retentissement social majeur. Une consultation pédiatrique permet de trancher.

Peut-on être à la fois autiste et ARFID ?

Oui — la comorbidité TSA-ARFID est fréquente (5-23 %, Inoue 2021). Le profil sensoriel TSA chevauche le sous-type sensoriel d'ARFID. Cela ne change pas le diagnostic mais oriente la prise en charge (intégration sensorielle, ergothérapeute).

L'ARFID peut-il évoluer vers une anorexie ?

Le passage est possible mais non automatique. Norris (2014) retrouve 8-12 % de cas évoluant vers une anorexie, surtout à l'adolescence. C'est l'apparition de préoccupations corporelles et de la peur de grossir qui signe le basculement.

Faut-il forcer mon enfant à goûter ?

Non. La pression coercitive aggrave le refus (Galloway 2006). Les programmes validés reposent sur l'exposition graduée (regarder, toucher, sentir, lécher, mâcher, avaler — un palier par séance), avec renforcement positif et sans punition, encadrée par un thérapeute formé.

Le médecin a parlé de néophobie — quelle différence ?

La néophobie est un refus des aliments nouveaux, normal entre 2 et 6 ans. L'ARFID est un trouble caractérisé : retentissement nutritionnel ou psychosocial, persistance au-delà de 6 ans, atteinte aussi d'aliments connus.
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