En bref
- L'ARFID (Avoidant/Restrictive Food Intake Disorder) est un trouble du comportement alimentaire reconnu par le DSM-5 (APA, 2013) puis le DSM-5-TR (2022), et désormais codé F50.82 / 6B83 dans la CIM-11.
- Trois moteurs cliniques principaux : peur des conséquences aversives (étouffement, vomissement), sensibilité sensorielle (texture, odeur, couleur) et manque d'intérêt apparent pour la nourriture.
- Différence-clé avec l'anorexie mentale : pas de peur de prendre du poids, pas de distorsion de l'image corporelle.
- Prise en charge ambulatoire pluridisciplinaire (psychiatre, diététicienne, ergothérapeute en cas de profil sensoriel) ; TCC adaptée ARFID et Family-Based Therapy ARFID (FBT-ARFID, Lock 2019) sont les modèles les plus étayés.
- Si vous repérez ces signes chez votre enfant ou chez vous, parlez-en au médecin traitant. Numéros utiles : FFAB 0 810 037 037 ; Anorexie Boulimie Info Service ; 3114 (souffrance psychique) ; 15 (urgence vitale).
ARFID : de quoi parle-t-on exactement ?
L'ARFID a été ajouté au DSM-5 en 2013 comme un trouble distinct de l'anorexie mentale. Il remplace et élargit la catégorie ancienne « trouble alimentaire de la première / deuxième enfance » (DSM-IV) en l'étendant à l'adolescent et à l'adulte. Le critère central : un évitement ou une restriction alimentaire qui entraîne au moins une des conséquences suivantes :
- perte de poids significative (ou cassure de courbe staturo-pondérale chez l'enfant) ;
- déficit nutritionnel objectivé (carence en fer, zinc, vitamine D, B12…) ;
- dépendance à des compléments oraux ou à une nutrition entérale ;
- retentissement marqué sur le fonctionnement psycho-social (impossibilité de manger en famille, à la cantine, au restaurant).
Le DSM-5 exclut l'ARFID si la restriction s'explique par : un manque d'accès à la nourriture, une pratique culturelle, une autre pathologie médicale (sauf si la restriction excède ce que la pathologie justifie), ou un autre TCA (anorexie, boulimie). Il faut aussi qu'il n'y ait ni peur de grossir, ni perturbation de l'image corporelle — c'est la frontière diagnostique majeure.
Trois profils cliniques (Thomas et al. 2017)
Thomas et al. (Curr Opin Psychiatry, 2017) ont décrit trois sous-types non exclusifs, repris par la Pica, ARFID and Rumination Disorder Interview (PARDI, Bryant-Waugh 2019). Un même patient peut combiner deux ou trois moteurs.
- Évitement sensoriel : refus lié à la texture (mou, granuleux, mixte), à l'odeur, à la couleur, à la température. Souvent stable depuis la petite enfance, fréquent chez l'enfant neurotypique comme chez l'enfant autiste.
- Peur des conséquences aversives : peur d'étouffer, de vomir, d'avoir une réaction allergique. Fréquemment déclenchée par un événement précis (épisode d'étouffement, gastro-entérite sévère, vomissements répétés).
- Manque d'intérêt apparent : absence de signaux de faim et de plaisir alimentaire, satiété précoce, sensation que manger « prend du temps pour rien ». Souvent associé à un IMC bas durable.
Vignette clinique : Théo, 9 ans
(Cas composite — prénom fictif, détails modifiés pour préserver l'anonymat.)
