Le syndrome d'apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) n'est pas qu'une affaire de ronflements. C'est un trouble qui fragmente le sommeil par micro-éveils respiratoires, induit une hypoxémie nocturne intermittente et déclenche en cascade des conséquences cardiovasculaires, métaboliques — et psychiatriques. La méta-analyse de référence Benjafield et al. (Lancet Respiratory Medicine, 2019) estime à 936 millions d'adultes 30-69 ans concernés dans le monde, dont 425 millions à un degré modéré-sévère. En France, la HAS (fiche Évaluation des dispositifs de PPC, 2023) confirme que 2 patients sur 3 restent non diagnostiqués.
L'enjeu pour la psychologie clinique est double. Le SAHOS mime certains tableaux psychiatriques (fatigue, ralentissement, irritabilité, troubles attentionnels, baisse de libido) — d'où des erreurs diagnostiques fréquentes. Il aggrave les troubles anxio-dépressifs avérés et explique une part des "dépressions résistantes". Tout psychologue doit savoir le repérer pour orienter.
Définir le SAHOS en 2026
Critères AASM 3.0
L'American Academy of Sleep Medicine (Manual for the Scoring of Sleep, version 3.0, 2023) définit l'apnée comme une cessation du flux aérien ≥ 10 secondes ; l'hypopnée comme une réduction ≥ 30 % associée à une désaturation ≥ 3 % ou un micro-éveil. L'Index d'Apnées-Hypopnées (IAH) exprime le nombre d'événements par heure de sommeil :
- IAH 5-15/h : léger.
- IAH 15-30/h : modéré.
- IAH ≥ 30/h : sévère.
Le diagnostic combine cet index polysomnographique à des symptômes cliniques (somnolence diurne, ronflements, micro-éveils observés, sommeil non récupérateur) ou des comorbidités cardiovasculaires (HTA, fibrillation auriculaire, diabète).
Mécanisme
Au cours du sommeil, la perte de tonus des muscles dilatateurs du pharynx — aggravée par certains facteurs anatomiques (rétrognathie, hypertrophie amygdalienne, surpoids cervical) — provoque un collapsus pharyngé répété. Chaque épisode déclenche un effort respiratoire infructueux puis un micro-éveil corticale, parfois imperceptible, qui restaure le tonus. Le sommeil est ainsi fragmenté par des centaines de micro-éveils chaque nuit, sans que la personne en garde souvenir. La conséquence est triple : sommeil non récupérateur, hypoxie intermittente, dérégulation neurovégétative.
Prévalence et sous-diagnostic
L'INSERM (Apnée du sommeil — dossier, 2024) cite des prévalences classiques de 4 % chez l'homme, 2 % chez la femme à formes symptomatiques. Mais les estimations de Benjafield et al. (2019) à partir de données polysomnographiques mondiales sont nettement plus élevées :
