Tous les troubles du sommeil ne sont pas des insomnies. Les troubles du rythme circadien veille-sommeil (CIM-11 7A60-7A65 ; DSM-5-TR 327.31-37) constituent un groupe distinct de pathologies dans lesquelles la structure du sommeil est globalement préservée — quand on dort, on dort bien — mais où le placement du sommeil dans le cycle de 24 heures est désynchronisé par rapport aux exigences sociales et professionnelles. La méta-analyse de Sletten et al. (Sleep Medicine Reviews, 2023) précise leur prévalence : ils touchent jusqu'à 16 % des adolescents pour le retard de phase, plus rarement les adultes, et la quasi-totalité des travailleurs postés à des degrés divers.
Reconnaître ces troubles est essentiel, car leur traitement diffère radicalement de celui de l'insomnie classique. Une TCC-I classique appliquée à un retard de phase mal identifié peut aggraver la situation. Les Clinical Practice Guidelines de l'American Academy of Sleep Medicine (Auger et al., 2015 ; mise à jour 2024) constituent la référence internationale.
Fondements physiologiques
L'horloge biologique et son cadre temporel
Le noyau suprachiasmatique (NSC) de l'hypothalamus génère un rythme endogène d'environ 24,2 heures (Czeisler et al., Science, 1999). Sans synchronisation, ce rythme dérive progressivement (cycle "libre"). Les donneurs de temps (Zeitgeber) le calent sur 24h :
- La lumière est le donneur de temps le plus puissant, captée par les ipRGC à mélanopsine.
- Les repas et activité physique sont des donneurs secondaires.
- La vie sociale (travail, école, contacts) joue un rôle de cadrage.
Chronotypes
Au sein d'une population, la position préférentielle de l'horloge varie : chronotype matinal ("alouettes", 25 %), intermédiaire (60 %), tardif ("hiboux", 15 %). Cette distribution est largement génétique (variants PER1, PER3, CRY1, CLOCK, BMAL1) — ce n'est pas un choix de mode de vie. Le chronotype évolue avec l'âge : très matinal chez l'enfant, retardé à l'adolescence, recule progressivement chez l'adulte, devient plus matinal chez le sujet âgé.
Le questionnaire MEQ de Horne & Östberg (1976) ou le MCTQ de Roenneberg (2003) permettent de positionner un sujet. La connaissance du chronotype facilite les recommandations cliniques individualisées.
Syndrome de retard de phase (DSWPD)
Définition
Le Delayed Sleep-Wake Phase Disorder (CIM-11 7A60) se définit par :
