L'insomnie chronique n'est pas un manque de volonté ni un défaut d'hygiène de vie. C'est un trouble caractérisé, codé 780.52 au DSM-5-TR (American Psychiatric Association, 2022) et 7A00 dans la CIM-11 (OMS, 2022), qui touche entre 13 et 19 % des adultes français selon l'INSERM (Sommeil — dossier d'information, mise à jour 2024). Sa physiopathologie associe un hyper-éveil cognitif et somatique persistant à des facteurs comportementaux d'auto-entretien. Elle évolue rarement vers la guérison spontanée si rien n'est fait. Mais elle se traite. La thérapie cognitive et comportementale de l'insomnie (TCC-I) est aujourd'hui le traitement de référence — devant les somnifères — selon la HAS (fiche Insomnie chez l'adulte, 2022), l'European Sleep Research Society (Riemann et al., Journal of Sleep Research, 2023) et l'American College of Physicians (Qaseem et al., Annals of Internal Medicine, 2016).
Diagnostic : trois critères, pas un
On parle de trouble insomnie quand les trois conditions suivantes sont réunies :
- Plainte d'insatisfaction du sommeil : difficulté d'endormissement (latence > 30 min), réveils nocturnes prolongés, ou réveil précoce sans capacité à se rendormir.
- Retentissement diurne : fatigue, irritabilité, troubles attentionnels, somnolence légère, baisse de fonctionnement social ou professionnel.
- Fréquence et chronicité : ≥ 3 nuits/semaine pendant ≥ 3 mois, malgré des conditions de sommeil adéquates.
La durée < 3 mois définit l'insomnie aiguë (ou adjustment insomnia) : très fréquente, le plus souvent réversible spontanément. Le passage à la chronicité est précisément ce qu'il faut prévenir.
Le modèle 3P de Spielman
Spielman et al. (Psychiatric Clinics of North America, 1987 — toujours référence en 2026) ont décrit le passage à la chronicité par trois groupes de facteurs :
- Prédisposants : anxiété trait, hyper-éveil constitutionnel, antécédents familiaux d'insomnie, profil ruminatif.
- Précipitants : stress aigu (deuil, séparation, licenciement), maladie, maternité, douleur.
- Perpétuants : siestes compensatoires, allongement du temps passé au lit, anxiété de performance autour du sommeil ("il faut absolument que je dorme"), conditionnement chambre-éveil.
Une fois l'élément précipitant disparu, ce sont les facteurs perpétuants — comportementaux et cognitifs — qui maintiennent l'insomnie. C'est sur eux que la TCC-I agit.
