Contenu sensible. Cet article aborde les troubles du comportement alimentaire (TCA) sous un angle clinique. Il ne donne ni IMC cible ni nombre de calories. Si vous êtes en souffrance, appelez le 3114 (24/7, gratuit) ou la ligne FFAB 0 810 037 037. En cas d'urgence vitale, le 15.
Les TCA — anorexie, boulimie, hyperphagie boulimique — touchent en France environ 900 000 personnes (FFAB, 2019), avec des prévalences vie-entière de 0,9 % pour l'anorexie, 1,5 % pour la boulimie et 3,5 % pour l'hyperphagie boulimique (Solmi et al., 2022, Molecular Psychiatry). Ce sont des troubles psychiatriques codifiés par le DSM-5-TR (2022) et la CIM-11 (6B80-6B83), au pronostic favorable quand la prise en charge est précoce et pluridisciplinaire : la majorité des personnes guérissent (Bardone-Cone et al., 2010).
Les TCA en bref
| Question | Réponse rapide |
|---|---|
| Qu'est-ce qu'un TCA ? | Trouble du comportement alimentaire : pathologie psychiatrique caractérisée par des conduites alimentaires perturbées et un retentissement physique/psychique (DSM-5-TR, APA 2022). |
| Principaux types ? | Anorexie mentale, boulimie, hyperphagie boulimique, TCA atypiques (HAS 2010/2019). |
| Quelle prévalence ? | Environ 900 000 personnes touchées en France ; 1 à 1,5 % de la population (INSERM 2019, FFAB). |
| Quand consulter ? | Restrictions, vomissements, crises hyperphagiques, perte de poids rapide, aménorrhée, IMC < 17,5 ou variations brutales. |
| Qui consulter ? | Médecin traitant (1re ligne, somatique), psychiatre/psychologue (TCC, thérapie familiale Maudsley), nutritionniste/diététicien. |
| Approche validée ? | TCC pour boulimie/hyperphagie ; thérapie familiale FBT pour ado anorexique (HAS 2019, NICE 2017). |
| Urgence ? | 15 si IMC < 13, malaise, troubles du rythme ; 3114 si idées suicidaires. |
Qu'est-ce qu'un TCA ?
Les troubles du comportement alimentaire désignent un ensemble de troubles psychiatriques caractérisés par une perturbation durable et significative du comportement alimentaire, des préoccupations envahissantes autour du poids et de la silhouette, et un retentissement sur la santé physique, psychique et sociale (DSM-5-TR, 2022, chapitre Feeding and Eating Disorders). Ils ne se résument ni à un manque de volonté, ni à un choix esthétique, ni à un effet de mode. Ce sont de véritables maladies, plurifactorielles, qui combinent vulnérabilité biologique, facteurs psychologiques et facteurs socioculturels.
La HAS a publié des recommandations de bonne pratique pour l'anorexie mentale en 2010 et pour la boulimie et l'hyperphagie boulimique en 2019. Elles convergent sur trois principes structurants : repérage précoce, prise en charge pluridisciplinaire, accompagnement de l'entourage. La méconnaissance de ces troubles reste la première barrière à l'accès aux soins (Galmiche et al., 2019, Am J Clin Nutr).
Une famille de troubles, pas un seul tableau
Les TCA ne forment pas un bloc homogène. Le DSM-5-TR distingue plusieurs entités, dont les trois plus fréquentes — anorexie mentale, boulimie nerveuse, hyperphagie boulimique — et des formes dites atypiques (ARFID, OSFED). Chacune répond à des critères diagnostiques précis, à des trajectoires différentes et à des traitements spécifiques. Confondre boulimie et hyperphagie, ou réduire l'anorexie à un faible IMC, conduit à des prises en charge inadaptées.
Les trois TCA principaux du DSM-5-TR
| Trouble | Code CIM-11 | Critères clés DSM-5-TR | Prévalence vie-entière (Solmi 2022) |
|---|---|---|---|
| Anorexie mentale | 6B80 | Restriction des apports → poids significativement bas ; peur intense de prendre du poids ; altération de la perception corporelle | ≈ 0,9 % (femmes), 0,3 % (hommes) |
| Boulimie nerveuse | 6B81 | Crises de boulimie répétées + comportements compensatoires (vomissements, laxatifs, jeûne, sport excessif) ≥ 1×/sem pendant 3 mois | ≈ 1,5 % (femmes), 0,5 % (hommes) |
| Hyperphagie boulimique (BED) | 6B82 | Crises de boulimie sans compensation ≥ 1×/sem pendant 3 mois ; détresse marquée | ≈ 3,5 % |
| ARFID / OSFED | 6B83 | Restriction sans préoccupation pour le poids (ARFID) ; tableaux atypiques (OSFED) | variable |
Le DSM-5-TR a abandonné les sous-types restrictif/purgatif binaires et privilégie une approche dimensionnelle. Les seuils de poids sont qualitatifs ; aucun chiffre cible n'est donné dans cet article. Seul un médecin évalue la sévérité d'une situation individuelle.
Ce que les TCA ne sont PAS
- Un caprice, une « lubie d'adolescente », un « choix de vie ».
- Un trouble qui ne touche que les femmes minces et caucasiennes : Murray et al. (2017, Curr Psychiatry Rep) montrent une prévalence masculine sous-estimée (≈ 25 % des cas), et Marques et al. (2011) une prévalence comparable selon les groupes ethniques.
- Une simple histoire de poids : on peut avoir un TCA grave avec un poids dit « normal » (boulimie, BED). L'IMC seul n'est jamais un critère diagnostique.
- Une maladie incurable : la majorité des personnes guérissent quand la prise en charge est conduite (Bardone-Cone, 2010).
En bref : les TCA sont des troubles psychiatriques sourcés et codifiés (DSM-5-TR, CIM-11), pluriels et plurifactoriels. Ils se traitent.
Combien de personnes sont concernées en France ?
La méta-analyse de référence Solmi et al. (2022, Lancet Psychiatry) — qui a regroupé 94 études internationales — estime la prévalence vie-entière des TCA cliniques à environ 8,4 % chez les femmes et 2,2 % chez les hommes, toutes formes confondues. En France, l'INSERM avance une estimation cohérente : près de 600 000 à 1 million de personnes seraient concernées au cours de leur vie. La fenêtre d'apparition la plus fréquente se situe entre 14 et 25 ans, avec un second pic autour de la périménopause pour la boulimie et le BED.
Trois chiffres à garder en tête
- 1 personne sur 7 rencontrera un trouble alimentaire au cours de sa vie, sous une forme ou une autre (Galmiche 2019).
- ≈ 25 % des cas sont des hommes, contrairement au stéréotype dominant (Murray 2017).
- Délai moyen entre apparition et premier soin : 4 à 6 ans en France, selon les rapports FFAB. Plus le délai est long, plus le risque de chronicisation augmente.
Pourquoi parle-t-on d'une urgence de santé publique ?
Trois éléments alignent les autorités sanitaires européennes (HAS, NICE NG69, RCPsych) sur ce point : la mortalité de l'anorexie mentale reste la plus élevée des troubles psychiatriques (Arcelus et al., 2011, Arch Gen Psychiatry), l'incidence post-pandémie a augmenté notamment chez les adolescents (Taquet 2022, Lancet Psychiatry), et l'offre de soins spécialisés reste très inégalement répartie sur le territoire français.
En bref : les TCA touchent plus de personnes qu'on ne le pense, plus d'hommes qu'on ne le croit, et plus tôt qu'on ne l'imagine.
Pourquoi développe-t-on un TCA ? Les facteurs de risque
Aucun TCA ne s'explique par une cause unique. Les modèles actuels — biopsychosociaux — décrivent une convergence de facteurs prédisposants, précipitants et de maintien. Le repérer aide à comprendre pourquoi le « bon sens » (« il/elle n'a qu'à manger ») ne fonctionne pas : la maladie est verrouillée par des mécanismes neurobiologiques et cognitifs qui s'auto-entretiennent.
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Vulnérabilité biologique
- Génétique : héritabilité estimée entre 50 et 80 % pour l'anorexie mentale (Bulik 2006, Arch Gen Psychiatry). L'étude GWAS Watson (2019, Nat Genet) a identifié 8 loci associés à l'anorexie, partagés avec d'autres troubles psychiatriques et métaboliques.
- Neurobiologique : altérations des circuits de la récompense (cortex orbitofrontal, striatum), de l'interoception (insula) et du contrôle exécutif (cortex préfrontal).
- Hormonal : dysrégulation des axes corticotrope et gonadotrope dans les phases aiguës.
Facteurs psychologiques
- Perfectionnisme, intolérance à l'incertitude, besoin de contrôle.
- Faible estime de soi, surinvestissement de l'apparence comme source de valeur.
- Antécédents de traumas (maltraitance, négligence, agressions sexuelles), corrélation robuste avec la boulimie et le BED (Molendijk 2017).
- Comorbidités fréquentes : troubles anxieux, dépressifs, TOC, troubles de la personnalité borderline.
Facteurs socioculturels
- Pression à la minceur, intériorisation de l'idéal corporel diffusé par les médias et les réseaux sociaux.
- Sports à catégorie de poids (gymnastique, danse, boxe, course de fond, équitation) et professions à exposition corporelle.
- Cultures familiales du contrôle alimentaire, régimes parentaux récurrents.
- Précarité alimentaire, ce qui surprend mais est documenté pour la boulimie et le BED (Becker 2017).
Facteurs précipitants typiques
Un régime restrictif, une rupture sentimentale, un deuil, un harcèlement scolaire, un changement de corps à la puberté, une remarque humiliante sur le poids, une compétition sportive : ces déclencheurs ne créent pas la maladie mais font basculer la personne d'un terrain vulnérable à un trouble installé. La culpabilisation des proches (« qu'avons-nous fait ? ») est rarement utile : aucun parent, aucun partenaire ne « cause » seul un TCA.
En bref : les TCA résultent d'une rencontre entre une vulnérabilité biologique, une histoire psychologique et un contexte socioculturel. Le « pourquoi » ne s'épuise jamais dans une seule explication.
Repérer un TCA : signes d'alerte
Signes psycho-comportementaux
- Préoccupations envahissantes autour de la nourriture, du poids, de la silhouette.
- Rituels alimentaires : découper en petits morceaux, manger seul·e, peser, photographier les aliments.
- Évitement des repas en famille ou entre amis ; mensonges autour de l'alimentation.
- Crises avec sentiment de perte de contrôle, suivies de honte intense.
- Comportements compensatoires : vomissements, laxatifs, jeûne, sport excessif compulsif.
- Pesées répétées, contrôles corporels (vérifier au miroir, mesurer).
- Repli social, irritabilité, anxiété, humeur dépressive.
Signes physiques (à évaluer par un médecin)
- Variations pondérales rapides ; aménorrhée ou troubles du cycle.
- Fatigue, malaise, lipothymies, troubles du sommeil.
- Signes de dénutrition (cheveux, peau, ongles).
- Signes de vomissements répétés (érosion dentaire, hypertrophie parotidienne, signe de Russell — callosité du dos des doigts).
- Troubles digestifs chroniques.
Vignette clinique : Léa, 16 ans
Léa est arrivée en consultation après six mois de modifications alimentaires que sa famille avait initialement attribuées à un « simple choix végétarien ». Restriction progressive des matières grasses, puis des féculents, puis des protéines. Un sport intensif quotidien. Une chute pondérale de 7 kg en quatre mois, masquée par des vêtements amples. Le déclic a été l'arrêt des règles, qui a conduit le médecin scolaire à orienter vers un pédopsychiatre. Le diagnostic d'anorexie mentale a été posé. La FBT a été initiée avec ses parents — exemple de trajectoire favorable, repérée dans une fenêtre encore propice.
Important : ces signes ne sont jamais à interpréter seul·e. Un médecin généraliste, un médecin scolaire ou un psychiatre est le bon interlocuteur pour une évaluation initiale. Cet article est une boussole, pas un outil diagnostique.
Diagnostic : qui consulter, comment ?
Le diagnostic d'un TCA est clinique. Il s'établit lors d'un ou plusieurs entretiens approfondis menés par un médecin (généraliste formé, psychiatre ou pédopsychiatre). Aucun examen biologique ni imagerie ne diagnostique un TCA, mais des examens somatiques sont systématiques pour évaluer le retentissement : NFS, ionogramme, bilan rénal, hépatique, électrocardiogramme, ostéodensitométrie selon les cas (HAS 2010, 2019).
Outils de repérage utilisés : SCOFF-F (5 questions, screening en première ligne), EDE-Q (Eating Disorder Examination Questionnaire, Fairburn) pour l'évaluation. Ces tests n'établissent pas un diagnostic. Ils orientent vers une consultation spécialisée.
Parcours de soins recommandé (HAS)
- Médecin généraliste ou médecin scolaire : repérage, examen somatique initial, évaluation du retentissement.
- Psychiatre ou pédopsychiatre : confirmation diagnostique, évaluation des comorbidités (dépression, anxiété, troubles bipolaires, addictions, trauma).
- Équipe pluridisciplinaire : psychologue (TCC-E ou FBT), diététicien-nutritionniste formé aux TCA, parfois psychomotricien, médecin somatique référent.
- Hospitalisation en service spécialisé : indiquée en cas de mise en jeu du pronostic vital, de comorbidité psychiatrique sévère (idées suicidaires actives), ou d'échec ambulatoire (HAS 2010).
Combien de temps avant un premier rendez-vous ?
L'offre de soins spécialisés TCA est inégalement répartie. Les centres de référence de la FFAB (Fédération Française Anorexie Boulimie) affichent souvent plusieurs mois d'attente. En pratique, la stratégie recommandée est de combiner : (1) consultation rapide chez le médecin généraliste pour évaluation somatique, (2) inscription parallèle dans un centre spécialisé, (3) prise en charge psychologique en libéral pour démarrer sans attendre. Le numéro 0 810 037 037 de l'association FFAB oriente vers les ressources locales.
En bref : diagnostic clinique, parcours pluridisciplinaire, lancement parallèle des soins pour ne pas perdre de temps.
💡 Pour situer votre situation — Un point d'étape utile : évaluation en ligne. Attention : indicateur d'orientation, jamais un diagnostic. Consultez un pro si les difficultés persistent.
Traitements validés : ce que dit la science
Adulte
- TCC-E (Thérapie Cognitive et Comportementale Améliorée pour les TCA), Fairburn (2008, Cognitive Behavior Therapy and Eating Disorders) : traitement de référence pour la boulimie et le BED, efficace aussi sur l'anorexie chez l'adulte. Format 20 séances pour les formes simples, 40 pour les formes complexes.
- IPT (psychothérapie interpersonnelle) : alternative validée pour la boulimie et le BED (Wilfley et al., 2002, Arch Gen Psychiatry).
- MANTRA (Maudsley Anorexia Nervosa Treatment for Adults) : thérapie cognitive centrée sur les styles de pensée propres à l'anorexie chronique (Schmidt, 2015).
- Médicaments : aucun médicament ne guérit un TCA. La fluoxétine a une AMM dans la boulimie (60 mg/j) ; la lisdexamfétamine a une AMM aux États-Unis dans le BED. Les psychotropes peuvent traiter les comorbidités (dépression, anxiété) mais ne remplacent pas la psychothérapie (HAS 2019). Toute prescription relève strictement du médecin.
Adolescent
- FBT (Family-Based Treatment, méthode Maudsley), Lock & Le Grange (2013, Treatment Manual for Anorexia Nervosa, 2e éd.) : traitement de première ligne dans l'anorexie de l'adolescent. Les parents sont impliqués comme acteurs centraux de la renutrition à domicile, sous supervision. Trois phases sur ≈ 12 mois, 18-20 séances.
- Méta-analyse Couturier et al. (2013) : supériorité de la FBT sur la thérapie individuelle classique en fin de traitement et à 6-12 mois.
- TCC-E adaptée et thérapies systémiques sont utilisées en complément ou en seconde intention.
- FBT-BN (Le Grange 2015, JAMA Psychiatry) : adaptation de la FBT à la boulimie de l'adolescent, données prometteuses.
Hyperphagie boulimique (BED)
TCC-E + IPT en première ligne. La perte de poids ne doit pas être l'objectif premier : la priorité est la disparition des crises et la régulation émotionnelle (HAS 2019). Les régimes hypocaloriques sont contre-indiqués, car ils aggravent les crises par effet de désinhibition (Polivy & Herman, 1985, Am Psychol).
ARFID, orthorexie, OSFED : les formes moins connues
L'ARFID (Avoidant/Restrictive Food Intake Disorder) se distingue des autres TCA par l'absence de préoccupation pour le poids et la silhouette. La restriction est liée à des sensorialités, à des peurs (étouffement, vomissements, contamination) ou à un désintérêt alimentaire global. Le retentissement nutritionnel et social peut être majeur. Prise en charge : approche multidisciplinaire pédiatrique/adulte, exposition graduée, soutien parental.
L'orthorexie n'est pas, à ce jour, un diagnostic indépendant dans le DSM-5-TR : c'est une obsession pour le « manger sain » qui peut s'avérer aussi restrictive et invalidante qu'une anorexie. Elle relève souvent de la catégorie OSFED (autres troubles alimentaires spécifiés) ou se superpose à un TOC.
L'OSFED regroupe les tableaux atypiques (anorexie mentale atypique sans poids bas, boulimie de basse fréquence, syndrome d'alimentation nocturne…). Ces formes représentent une part importante des consultations TCA et nécessitent les mêmes traitements que les formes prototypiques.
Comorbidités et complications
Sur le plan psychiatrique
- Dépression : présente chez 50 à 70 % des personnes en TCA actif.
- Troubles anxieux (TAG, phobie sociale, TOC) : très fréquents, souvent antérieurs au TCA.
- Idées suicidaires : risque suicidaire majoré, notamment dans la boulimie et l'anorexie purgative. Évaluation systématique recommandée.
- Addictions (alcool, cannabis, médicaments) : association documentée surtout avec la boulimie.
- Troubles de la personnalité : prévalence élevée du trouble borderline en boulimie.
Sur le plan somatique
- Cardiovasculaires : bradycardie, hypotension, troubles du rythme.
- Endocriniens : aménorrhée, ostéopénie/ostéoporose précoce, hypothyroïdie fonctionnelle.
- Digestifs : reflux, retard de vidange gastrique, constipation, dénutrition protéino-énergétique.
- Hydroélectrolytiques : hypokaliémie sur vomissements/laxatifs, alcalose métabolique.
- Bucco-dentaires : érosion de l'émail, caries, hypertrophie parotidienne (vomissements répétés).
Le syndrome de renutrition inappropriée (NICE NG69, 2017) est une complication potentiellement grave à anticiper lors de la reprise alimentaire d'une dénutrition sévère : hypophosphorémie, troubles cardiaques, neurologiques. Sa prévention repose sur une renutrition progressive supervisée, idéalement en milieu spécialisé.
Image corporelle et restauration : un travail au long cours
La restauration nutritionnelle ne suffit pas. La distorsion de l'image corporelle — surévaluation du poids, peur de la prise de poids, vérifications corporelles, évitements — est un noyau cognitif central qui survit souvent à la normalisation pondérale. Cette dimension explique pourquoi un retour à un poids attendu, sans travail thérapeutique, expose fortement à la rechute (Keel & Brown, 2010, Int J Eat Disord).
Les approches validées intègrent un travail spécifique sur l'image corporelle : exposition graduée, défusion cognitive, restructuration des règles alimentaires, journal d'auto-observation (Fairburn 2008). La thérapie psychomotrice et les approches corporelles complémentaires (relaxation, mindfulness, danse-thérapie) trouvent leur place quand elles sont articulées à un cadre clinique structuré.
Un mot sur l'auto-image en ligne : la consommation de contenus pro-ana, pro-mia ou « fitspo » est associée à une augmentation des préoccupations corporelles (Holland & Tiggemann, 2016, Body Image). Encadrer voire couper l'exposition fait partie des leviers concrets, particulièrement chez les adolescents.
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Coût humain, social et professionnel
Les TCA pèsent lourd sur la vie scolaire et professionnelle. Décrochage scolaire, fatigue chronique, absences répétées, baisse de concentration, retrait social : ces conséquences ne sont pas anecdotiques. Sur le plan financier, le coût des soins et du temps de travail perdu est documenté comme l'un des plus élevés parmi les pathologies psychiatriques chez les jeunes adultes (van Hoeken & Hoek, 2020, Curr Opin Psychiatry).
L'entourage n'est pas épargné. Treasure (2008) a documenté l'épuisement, l'anxiété et la culpabilité fréquents chez les parents et les conjoints de personnes en TCA actif. Le soutien aux aidants — groupes de paroles FFAB, programmes psychoéducatifs comme Skills-Based Caring — fait partie intégrante d'une prise en charge moderne.
En bref : traiter un TCA, c'est aussi protéger la scolarité, le travail, les liens, et les proches.
Numéros et ressources d'aide
- 3114 — numéro national de prévention du suicide, 24/7, gratuit, confidentiel.
- Anorexie Boulimie Info Écoute (FFAB) : 0 810 037 037, du lundi au vendredi.
- Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236 (gratuit, anonyme, 9h-23h).
- SAMU : 15 en cas d'urgence vitale.
- FFAB (annuaire de centres de référence et de professionnels formés) : ffab.fr.
- Endat et associations régionales de familles : ressources locales et groupes de pairs.
Et après ? Pronostic et rechute
Bardone-Cone et al. (2010, Behav Res Ther) ont défini un standard de « rétablissement complet » sur trois dimensions : poids, comportement alimentaire, cognitions. Suivis à long terme : ≈ 60-70 % de rétablissement complet à 10-22 ans pour l'anorexie et la boulimie quand la prise en charge a été menée. Steinhausen (2002, Am J Psychiatry), méta-analyse de 119 études, donnait des chiffres comparables.
La rechute existe (≈ 30 % dans les 2 ans après rémission) et reste une étape — pas un échec : elle se traite. La poursuite d'un suivi psychologique et nutritionnel pendant 1 à 2 ans après la rémission réduit le risque (Keel & Brown, 2010). Les facteurs protecteurs documentés sont : alliance thérapeutique solide, soutien social, traitement effectif des comorbidités, alimentation flexible, et capacité à demander de l'aide précocement en cas de signaux de rechute.
Sources cliniques
- HAS, Anorexie mentale : prise en charge, recommandations de bonne pratique, 2010.
- HAS, Boulimie et hyperphagie boulimique : prise en charge, recommandations de bonne pratique, 2019.
- American Psychiatric Association, DSM-5-TR, 2022, chapitre Feeding and Eating Disorders.
- OMS, CIM-11, codes 6B80-6B83.
- Solmi M. et al., Lancet Psychiatry, 2022 — méta-analyse internationale prévalence.
- Galmiche M. et al., Am J Clin Nutr, 2019 — épidémiologie globale TCA.
- Bardone-Cone A. et al., Behav Res Ther, 2010 — définition du rétablissement.
- Arcelus J. et al., Arch Gen Psychiatry, 2011 — méta-analyse mortalité.
- Fairburn C. G., Cognitive Behavior Therapy and Eating Disorders, Guilford, 2008.
- Lock J., Le Grange D., Treatment Manual for Anorexia Nervosa, 2e éd., Guilford, 2013.
- Wilfley D. E. et al., Arch Gen Psychiatry, 2002 — IPT pour BED.
- Couturier J. et al., méta-analyse FBT, 2013.
- Hay P. et al., Cochrane, 2014 — psychothérapies dans l'anorexie.
- NICE, Eating disorders: recognition and treatment, NG69, 2017.
- Polivy J., Herman C. P., Am Psychol, 1985 — désinhibition.
- Murray S. B. et al., Curr Psychiatry Rep, 2017 — TCA masculins.
- FFAB (Fédération Française Anorexie Boulimie), ressources et annuaire — ffab.fr.
Cet article a vocation informative et a été rédigé à partir de sources cliniques publiques (HAS, INSERM, DSM-5-TR, CIM-11, publications peer-reviewed). Il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé mentale et n'établit aucun diagnostic individuel. En cas de souffrance, contactez le 3114, le 0 810 037 037 (FFAB) ou le 15 en urgence.
Les TCA sont des maladies sérieuses, parfois graves, mais la majorité des personnes guérissent avec une prise en charge adaptée. Plus le repérage est précoce, meilleur est le pronostic — quelle que soit l'allure du corps (un TCA grave peut exister à tous les poids). Si vous, un membre de votre famille ou un·e ami·e êtes concerné·e, le premier pas est une consultation médicale.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Pour parler à quelqu'un dès maintenant : 3114 (24/7, gratuit), 0 810 037 037 (FFAB), 15 en cas d'urgence vitale. Sur Mayako, vous pouvez consulter notre annuaire de psychologues spécialisés en TCA et faire le quiz Quelle est ma relation à l'alimentation ? pour vous orienter.
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